
Peut on parler d’un paradoxe? En trois ans, la France a multiplié par cinq le nombre de ses points de recharge pour les véhicules électriques – à l’occasion de la présentation du nouveau plan de déploiement des bornes de recharge, Bercy s’en est naturellement félicité. En effet, la progression a de quoi impressionner : la France est passée de 500 000 points de charge en 2021 à 2,5 millions en 2025.
Mais « ce déploiement est plus rapide que le développement des véhicules électriques et hybrides rechargeables », indique le ministère des finances. Si on y regarde de plus près les chiffres sont autrement évocateurs : 1,4 million de ces points de charge sont installés au domicile des particuliers, 1 million dans les entreprises, les 168 000 points restant étant les seuls ouverts au public (parkings de supermarchés, aires de services, voirie, etc.). Ces données placent la France sur la troisième marche du podium des pays les mieux équipés d’Europe (derrière les Pays-Bas et l’Allemagne).
Mais le ministère des finances confirme l’objectif – annoncé en 2023 – de 400 000 points ouverts au public d’ici à 2030, parmi lesquels 50 000 points de charge rapide.
C’est à partir de l’année 2020 que le maillage territorial en stations de recharge a commencé à se densifier, au point d’être désormais plus dense que celui des stations de carburant conventionnel, dit-on, alors que les véhicules électrifiés (100% électriques et hybrides rechargeables) représentent aujourd’hui environ un quart des ventes de voitures neuves en France et que la disponibilité technique des bornes de recharge a atteint 93 % en avril 2025, selon le ministère.
La volonté de passer à l’électrique ne semble pas douteuse. Le gouvernement prévoit ainsi toute une série de mesures pour inciter à l’usage des véhicules électrifiés : l’accélération des délais d’installation des bornes de recharge dans les copropriétés (moins de six mois après l’accord de la copropriété), le développement d’offres d’électricité proposant des heures super creuses la nuit et le week-end ou des « heures solaires » à prix réduit entre 11h et 17h, au plus fort de la production photovoltaïque, ou encore des incitations pour que les entreprises développent leurs flottes de véhicules électrifiés et que les employeurs proposent aux salariés un accès à une recharge sur leur lieu de travail.
Les progrès technologiques sont évidemment à prendre en compte comme le développement de la recharge bidirectionnelle V2G qui permet aux véhicules électriques de stocker l’électricité pour éventuellement la restituer lors des pics de consommation du soir et se recharger au cours de la nuit. Selon le gouvernement, en effet, les seules batteries des véhicules électriques légers vont représenter d’ici 2035 une capacité de stockage considérable, de l’ordre de 1200 GWh. Pour développer cette technologie, plusieurs industriels français participent à un programme européen en ce sens, tant sur les sujets techniques que réglementaires, afin de généraliser la technologie V2G à l’échelle de l’Europe dès 2026.
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Il s’agira aussi d’effectuer une révision des données sur les bornes de recharge disponibles en open data, afin de permettre aux usagers d’avoir des informations sur la localisation, la disponibilité et les tarifs des bornes. Une phase de concertation avec des représentants des professionnels et des consommateurs sera engagée sur ce point d’ici la fin de l’année afin de disposer de règles harmonisées sur les informations et les prix.
En parallèle, une réflexion sera engagée pour mettre en place un simulateur de calcul du coût de la recharge. Ce simulateur prendra en compte la structuration de la tarification en fonction des bornes, le prix au kWh, le prix en fonction du temps ou à la session.
Enfin, le gouvernement affirme sa cohérence en maintenant son soutien à l’installation de bornes de recharge à domicile via un taux de TVA réduit et un crédit d’impôt d’une valeur de 75% du prix de la borne et de son installation avec un plafond de 500 euros, dès lors que l’achat et les travaux ont été réalisés auprès d’un professionnel qualifié et que la borne est pilotée. Sachant que le coût d’installation d’une borne pilotable se situe entre 1500 et 2500 euros.

Déplacement d’Eric Lombard et Marc Ferracci dans le Val de Marne et les Hauts de Seine consacré aux bornes de recharge pour les véhicules électriques (16 mai 2025)
Si ces mesures vont dans le bon sens, il n’en reste pas moins que le véhicule électrique reste, pour le moment, encore trop peu abordable pour la plupart de ceux qui n’ont pas de solutions de mobilité collective à proximité de chez eux, ou qui, avec un véhicule thermique ancien, se retrouvent en pleine ZFE. En 2024, il s’est vendu 290 611 voitures électriques en France, en baisse de 2,6 % par rapport à 2023.
On attend encore les mesures concernant le leasing social, mais seront-elles au niveau?




