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L’autocar, enfin reconnu comme mode de transport vertueux

Il en a fallu du temps ! Mais voilà, l’autocar est maintenant pleinement réhabilité comme mode de transport, et ses vertus notamment environnementales sont maintenues pleinement reconnues *. Encore un petit effort et on n’opposera plus, à un stade désormais atteint de maturité, l’autocar et le train. C’est au fond l’idée soutenue par le plan car express, obtenu de haute lutte, mais qu’on attend encore, après que François Durovray en a fait un de ses thèmes de prédilection. Il parlait d’or, puisqu’il en avait été un promoteur en Région Parisienne, en tant que président du Département de l’Essonne, mais aussi, en sa qualité d’élu à IDFM, l’autorité organisatrice de la mobilité à l’échelle régionale.

Il est vrai que sur un plan historique l’autocar a dû son développement au délaissement du train, les fameux « services transférés sur route » (on gardait la logique de service public mais celui ci évoluait au profit de la route, en vertu d’une des « lois » du service public que les juristes connaissent bien, le principe de mutabilité). 

Encore un effort et la filière s’unira pour un vrai cap énergétique nouveau qui fera clairement la part des solutions de transition de celles qui, il faut l’espérer, détermineront l’avenir du mode (électrique et biognv). Des signaux clairs pour une production industrielle qui, pour partie, existe sur le territoire national, qui plus est. Un plus.

Lien article Bus et Car Connexion (dont j’ai été rédacteur en chef de juin 2023 à juin 2024 ) https://www.busetcar.com/communication/retour-sur-le-congres-annuel-fntv-du-15-novembre-2023-la-table-ronde-consacree-au-mix-energetique-cle-de-la-decarbonation-des-autocars-868061.php

 

Concrètement, de quoi s’agit il ici ?

Prenons plusieurs exemples, afin de démontrer que d’une part, le sujet n’est pas que francilien mais bien national, et que d’autre part, avec un minimum d’infrastructures, il est possible de rendre réellement performant un mode routier.

Le premier exemple est alsacien, et concerne un tronçon de 3 km entre Wolfisheim et le quartier de Hautepierre (Bas-Rhin):  il a été inauguré le mardi 12 novembre après 20 mois de travaux. Les travaux permettent aux bus de circuler « en site propre » sur une troisième voie dans les deux sens de circulation (les puristes préfèrent parler d’autocars, mais la dimension omnibus, permet d’utiliser « bus » sans trop se tromper). Le développement des cars express passera par la réalisation d’infrastructures, même légères.

Une raison pour laquelle les grands du BTP devraient s’y intéresser (d’autant qu’en parallèle ils investissent énormément dans la transition énergétique ou interviennent en amont de l’exploitation d’infrastructures routières comme les autoroutes, par exemple).

De quoi renouveler aussi le design des contrats. La phase de construction précède la phase d’exploitation, et les deux phases sont intégrées ensemble dans un même et unique projet. Dans l’exemple cité, l’objectif est d’inciter les automobilistes qui se rendent à Strasbourg, à renoncer à leur voiture pour bénéficier d’une circulation plus fluide, un confort, une sécurité et une ponctualité qu’ils n’auraient pas à titre individuel. 200 cars, 4 lignes. Même avec un taux d’occupation moyen, ce sera toujours plus efficace que du covoiturage et l’activité sera réellement organisée sur un plan professionnel (garanties présentées par les entreprises, formation des conducteurs et contrôle des véhicules dont les performances de décarbonation sont réelles – incontestables si on les rapporte au nombre de passagers transportés, etc.)

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Les détails.

Les travaux ont permis la création d’une troisième voie de circulation dans les deux sens, strictement réservée aux transports en commun (VRTC). Dès le 13 novembre 2024, les cars interurbains du réseau Fluo Grand Est 67 permettent de les emprunter quotidiennement. Il s’agit des lignes 230, mais aussi 205, 209, 220 et 240. L’avantage pour les usagers en provenance de Wasselonne ou Scharrachbergheim ? « Les cars iront plus vite que les voitures », avait assuré à France 3 Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg, en charge des mobilités, transports et déplacements, avant le début des travaux. Le cadencement, l’intermodalité, … Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole explique. « C’est une offre mobilité, des cars express, cadencés. Ces 4 lignes de bus irrigueront tout l’ouest de l’Eurométropole, depuis Wasselonne jusqu’à la place des Halles ou la station Éluard d’où on peut directement prendre le tram D. L’ouest a un grand développement démographique, c’était nécessaire. On part du principe que si l’offre est intéressante, fréquente et moins chère que la voiture, les usagers prendront ces cars surtout pour éviter de rentrer dans Strasbourg (…). »

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Second exemple. Depuis le 2 septembre 2024, une nouvelle ligne de car express sera mise en service pour une période de 2 ans. Cette ligne « expérimentale » desservira les territoires de Niort l’Agglo, la Communauté d’Agglomération de La Rochelle, et la Communauté de communes Aunis Atlantique.

Ce projet vise à offrir une alternative compétitive à la voiture individuelle pour les trajets entre les périphéries, où se trouvent d’importantes zones d’emploi. Cette initiative apportera des bénéfices environnementaux, sociaux, et économiques pour les résidents, les travailleurs, et les étudiants de la région.

Grâce à cette nouvelle ligne de car express, environ 8 000 emplois et 1 000 étudiants auront désormais un accès facilité à leurs destinations. Ce service est conçu pour encourager une mobilité plus durable et réduire l’empreinte carbone en diminuant le nombre de véhicules individuels sur les routes.

La ligne rejoint ainsi celle de Créon – Bordeaux, mise en place depuis 2019, cofinancée à 50/50 par la Région et Bordeaux Métropole (plus de 700 passagers par jour). Localisée sur une zone à fort développement urbain, cette ligne offre aux habitants une option de déplacement rapide et fréquent vers les zones d’emplois et de formation de la métropole bordelaise. Avec un trajet de 26 kilomètres en 50 min, cette ligne bénéficie d’un cadencement au quart d’heure aux heures de pointe, et d’une amplitude horaire élargie : 6h-22h.

Ainsi que celle de  Blaye – Bordeaux. Ouverte depuis le 8 janvier 2024, une nouvelle ligne de Car Express a été mise en place. Cette offre de transport vient compléter le volet routier du « RER Métropolitain » de Gironde. Cette nouvelle ligne de car express, à haut niveau de service, relie Blaye à Bordeaux avec un car toutes les 20 minutes en heure de pointe, complétera le réseau ferroviaire avec une connexion à la gare de Saint André de Cubzac (et le réseau de covoiturage avec des connexions aux différentes aires de covoiturage du territoire, et notamment cette du Peyrat à proximité de l’A10).

Et au niveau national ?

Lors de son audition devant la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale, François Durovray, ministre des Transports et président du Département de l’Essonne, a exposé les priorités de sa feuille de route.

Évoquant notamment la lutte contre le changement climatique, “le grand défi de notre génération”, François Durovray a rappelé que la trajectoire carbone imposait de réduire les émissions de CO2 de 105 Mt d’ici 2030.

Le secteur représentant un tiers des émissions, le ministre table sur le développement des véhicules électriques  et la « transformation des usages en zone urbaine comme périurbaine » (sans oublier la décarbonation des transports aériens). En ce qui concerne ce dernier secteur, François Durovray souhaite lutter en priorité contre l’autosolisme, en premier lieu en développant l’offre de transports collectifs.

Un plan “Cars Express” au premier trimestre 2025. “L’accès à la mobilité interroge directement la place de chaque individu dans notre société. Elle doit donc s’envisager au service des citoyens comme un outil pour retisser des liens souvent distendus entre le cœur des métropoles et leurs périphéries”, estime le ministre, qui envisage de présenter un plan “cars expressau premier trimestre 2025. Mais c’était avant que le gouvernement ne tombe.

Le président du Département se dit convaincu qu’il s’agit d’une solution rapide, peu coûteuse et performante, qui peut, en outre, compléter l’offre ferroviaire.

Ce plan n’est pas une surprise pour les Essonniens et les Franciliens. À la demande de Valérie Pécresse, présidente de la Région, François Durovray avait présenté, en avril 2023, un “rapport sur le développement de cars express” en Île-de-France.

Développer 95 lignes de bus en Île-de-France

Ce projet était destiné à “relier les espaces les plus éloignés des transports collectifs vers l’hyper-centre de la région parisienne, là où se concentrent les deux tiers des emplois franciliens”.

Un schéma directeur des lignes de cars express régionaux2024-2030 avait été annoncé sept mois plus tard par la présidente de la Région. L’objectif affiché ? Développer à terme 95 lignes de bus en Île-de-France, notamment en renforçant et en modernisant les 50 lignes existantes. L’idée était de garantir un temps de trajet le plus court possible en limitant le nombre d’arrêts, en réutilisant les voies réservées créées pour les JOP de Paris.

*j’ai eu l’honneur d’être le secrétaire général de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (2009-2015) : Autocaristes : la FNTV veut passer à la vitesse supérieure