masquer / voir la publicité

Voiture électrique : le sondage qui fait du bruit

Alors que l’Union européenne a fixé l’arrêt de la vente des voitures thermiques neuves à 2035, les immatriculations des électriques ont marqué un coup d’arrêt inattendu en France (- 2,6 %) l’année dernière. C’est dans ce contexte, et alors que de nouvelles obligations pèsent sur les constructeurs, qu’intervient un sondage réalisé auprès de 3 000 personnes par l’institut CSA pour la Plateforme automobile française, présidée par Luc Chatel (photo).

Quelle est au fond l’opinion des Français sur la voiture électrique ? 

Elle n’est pas bonne. Mais rappelons tout d’abord une information. Les Français se déclarent très majoritairement attachés à leur voiture ; ils la jugent même indispensable (83%), ressort il du sondage. Un chiffre qui souligne, s’il en était besoin, les efforts à réaliser par les transports collectifs, ce que les acteurs appellent un « choc d’offre », en demandant plus de moyens pour les financer (décarbonation comprise).

LIRE: Un sujet récurrent : une nouvelle ressource pour les transports collectifs?

Le chiffre est d’autant plus préoccupant que les transports constituent le premier poste contributeur aux émissions nationales de gaz à effet de serre (1). Ces émissions qui de plus augmentent, représentent 30 % du total national : l’automobile pèse pour moitié, les poids lourds et les véhicules utilitaires légers respectivement 25 et 15%.

Un autre sujet d’inquiétude: la trajectoire C02 de l’Union européenne oblige les constructeurs à vendre 50 % de voitures électriques en 2030. Et comme ils considèrent cette mission impossible, ils la combattent (ils doivent déjà diminuer de 15% leurs émissions en 2025 ; dans le cas contraire, ils devront payer de lourdes pénalités, on comprend que le dossier est sur le bureau du ministre de l’Industrie). Pas d’autre choix que de vendre plus de voitures électriques. Mais alors que les entreprises qui acquièrent principalement des véhicules neufs ne respectent pas leur obligation d’achat, le gouvernement ferait le minimum syndical, notamment par rapport à la proposition de loi Adam rejetée au printemps par l’Assemblée nationale (2). La filière s’est pourtant engagée, accompagnée par l’Etat et les collectivités locales.

LIRE: Thémas de la DGE N°23 – Portrait de la filière automobile dans sa transition vers l …

2035, une date irréaliste

D’où le sentiment d’impasse que donnent les résultats du sondage. Les Français sont ainsi 27 % à soutenir la décision européenne de bannir les moteurs thermiques d’ici 2035 ! Quant à l’utilité de cette mesure pour le climat, elle est estimée réelle pour 43 % seulement d’entre eux. Plus inquiétant encore : 37 % des sondés se rangent dans la catégorie des « électro-sceptiques », exprimant des doutes sur la viabilité des voitures électriques.

La voiture électrique est devenue un bel outil de typologie statistique, et elle alimente les conversations : pour ou contre ? Parmi les 5 groupes définis après le volet quantitatif du sondage, les « électrosceptiques », qui pèsent pour 37 % des sondés, « ont une image négative » de celle-ci. Ils ne croient d’ailleurs pas à l’avantage écologique des modèles 100 % électriques.

«Conservatrice » en la matière, l’attitude des automobilistes est une donnée très sérieuse de l’équation. Ainsi 63% des Français se disent mal informés quant aux aides disponibles (éligibilité, montant, etc.), alors que leur caractère incitatif est largement reconnu (si pas d’aide, lorsqu’ils sont informés, pas d’achat, pour résumer).

Alors maintenant ?

Alors c’est sûrement du côté du prix des voitures électriques qu’il faut chercher une explication. Bien sûr, ce prix est encore beaucoup trop élevé, et la voiture électrique de ce point de vue là semble cumuler les inconvénients, avérés ou supposés. Mais le prix n’est pas le seul à freiner le décollage des ventes  : d’autres préoccupations pèsent sur la décision comme le souci de la recharge, l’achat mais aussi la revente, la durabilité…jouent un rôle dissuasif.

Si Gilles Le Borgne (voir la vidéo) se refuse à donner une date pour l’arrivée d’une voiture électrique au même prix que les thermiques, il souligne qu’on n’en est pas très loin. Une Clio E-Tech hybride est vendue 23.300 euros, contre 24.900 pour la R5 d’entrée de gamme, dotée de 300 kilomètres d’autonomie.

Lien vers la vidéo : la plateforme automobile française

Par temps de brouillard, un automobiliste prudent ralentit. Et le contexte économique et politique actuel est tel, qu’on peut vraiment parler a minima de « brouillard ».

Notes

(1)La Stratégie nationale bas-carbone, feuille de route de la France pour réduire les GES, prévoit une décarbonation totale des transports d’ici 2050. L’enjeu est considérable pour ce secteur dont les émissions de GES évoluent peu depuis 30 ans (+ 5,5 % depuis 1990).
(2)L’amendement porté par l’exécutif dans le cadre du budget prévoit des amendes progressives sous forme de taxes allant de 2.000 euros par véhicule électrique manquant par rapport aux objectifs en 2025, à 5.000 euros en 2027. Mais seules les entreprises dotées d’une flotte de plus de 100 voitures sont concernées. Elles devront atteindre 20 % de voitures à faible émission en 2025, et jusqu’à 50 % en 2030.