
Un pas de plus
Il était hier, le pionnier français de la navette autonome promis à un bel avenir : avec sa solution, on allait très vite voir ce qu’on allait voir.
Puis, repris à la barre du tribunal de commerce en 2023 par le Japonais Macnica, sa communication est devenue plus modeste. Son nouvel actionnariat, preuve que la solution est crédible, a donné sans doute les moyens à Navya, qu’on a cru perdue, de poursuivre ses développements technologiques.
Le voilà qu’il présente son nouveau véhicule capable d’être opéré sans chauffeur à bord – ce que l’on est en droit d’attendre précisément d’un véhicule autonome. Après avoir déployé des efforts vers la logistique, où le besoin aussi, est important, Navya revient à son coeur de cible, avec une solution destinée à constituer le chaînon manquant des transports publics : la liaison, souvent indispensable, entre deux solutions plus classiques, plus lourdes : un tram, un train, un bus.
Dans un contexte européen mais surtout international qu’il estime désormais plus favorable au transport autonome de passagers, Navya prend un pari qui demeure risqué. Même si on entrevoit très bien, sur le papier, les services que peut rendre un véhicule autonome. Ne serait ce que pour pallier le manque de conducteur que le choc d’offre tant souhaité ne manquera pas de rencontrer comme un mur.
Des moyens supplémentaires
Un an et demi après le lancement de sa navette autonome deuxième génération, le lyonnais Navya Mobility (180 salariés, dont une centaine à Paris La Défense) nous dévoile officiellement son EVO 3 – son véhicule troisième génération : capable de transporter 15 personnes, il se différencie des robots taxis et autres vans équipés, eux aussi, d’une technologie qui en autorise/en autorisera la circulation libre, dans l’espace public; mais c’est bien dans une logique de complémentarité que se situe Navya.
Les évolutions techniques annoncées sont en effet majeures et permettent d’atteindre, pour la première fois (et dans le cadre de certains cas d’usage), le niveau d’autonomie dit L4. C’est-à-dire sans opérateur à bord, mais avec une supervision à distance, insérée dans un dialogue renforcé avec le véhicule, comme on n’a souhaité nous le préciser lors d’un échange. Sa vitesse de circulation annoncée la rend d’autant plus crédible : jusqu’à 30 kilomètres/heure.
lien depuis sa reprise en 2023 à la barre du Tribunal de Commerce par l’alliance Gaussin-Macnica (devenue fin 2024 une alliance 100 % japonaise Macnica-NTTW). Le groupe Macnica est positionné sur les semi-conducteurs et les composants électroniques, avec une division « Mobility » ; NTTW sur les télécommunications.
Plusieurs dizaines de navettes seraient déjà en commande, avec une fabrication à Saint-Vallier dans la Drôme et une livraison prévue d’ici la fin de l’année, ce qui attise notre curiosité. Mais c’est principalement au Japon, berceau de ses deux actionnaires actuels, que Navya a signé un contrat significatif l’année dernière dans le cadre d’un programme gouvernemental. On y croit donc au pays du Soleil Levant.
Pour mémoire, l’industriel lyonnais a vendu 12 navettes autonomes en 2024. Mais il revient avec une communication plus sobre, tout en affichant une ambition assez haute : en commercialiser au moins 150 de plus d’ici deux ans.
Une ambition intacte
Au tout début, les optimistes ont présagé un décollage rapide. C’était sans compter un double verrou technologique et réglementaire. Mais avec l’EVO 3, la nécessité d’un important travail de R & D et d’un investissement conséquent (dont on ne connaît pas le chiffre) a remis les idées au clair. Pour autant, l’ambition est intacte. Alors même qu’à la reprise de Navya par le duo Gaussin/Macnica en 2023, les nouveaux actionnaires du pionnier français de la navette autonome avaient annonçé se recentrer sur le marché de la logistique, qu’ils jugeaient avoir été « trop peu exploré » par les précédents dirigeants au profit d’un investissement massif (200 millions d’euros) pour le transport de passagers; ils semblent considérés être à présent en bonne voie pour reprendre le pari initial.
Ainsi avec un exemple dans la Drôme où pour la première fois en France sur route ouverte, une navette autonome en niveau L4 a été expérimentée au printemps dernier par le Drômois Beti sur la gare de Valence TGV, en partenariat avec Renaut Groupe et le Chinois WeRide, il pose un premier jalon qui a incontestablement suscité une vive curiosité.
On rappelle que, cinq ans plus tôt, sur circuit fermé, c’était bien la solution avancée par Navya qui avait ouvert la voie du L4 en France, sur le site du centre de tir de Châteauroux. Mais le marché de la gare de Valence TGV a finalement échappé à Navya, si j’en crois les informations dont je dispose à cette heure.
L’idée de mobiliser sa solution pour des zones rurales a naturellement pris le relais. Il est vrai que c’est à cet endroit que la voiture règne en maître sans réelle solution alternative. Le transport à la demande coûte cher, le vélo n’est pas toujours praticable – pas tout le temps et pas par tous; la marche à pied est concurrencée par un véhicule annoncé plus rapide (ce n’était pas le cas dans la version 1).
Sur la commune rurale de Crest, dans la Drôme, la solution de Navya se donne à voir. « Les navettes autonomes ont une plus-value certaine pour les communes rurales, peu desservies, les zones périurbaines, les espaces touristiques et les sites fermés comme les usines, les centres de recherche etc. », estiment les dirigeants de Navya.
Restent les freins réglementaires?
Ils ne sont pas les seuls, l’importance des moyens financiers à mobiliser sont évidemment à prendre en compte. Mais de ce point de vue, on m’a expliqué que le cadre semble à présent stabilisé ; il est possible de développer un projet à partir de cette base. Bien que l’Europe autorise actuellement l’exploitation de navettes avec une autonomie de niveau L4, dans des conditions extrêmement strictes ne permettant pas un déploiement à grande échelle de ces véhicules. D’autres pays, la Chine, le Japon et les États-Unis notamment, semblent avancer plus rapidement. On ne demande qu’à voir.
Elena Novikova





