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Entretien avec Brigitte Klinkert, députée

La Lettre des mobilités. L’importance des enjeux de déplacements pour les transfrontaliers en général (et donc pas uniquement pour l’Alsace ou le Nord Moselle- sujet de la question 2). Avez-vous des chiffres sur les déplacements et sur les motifs ?

Brigitte Klinkert. La mobilité reste un enjeu central dans les bassins de vie transfrontaliers, qu’il s’agisse du trafic routier ou ferroviaire. C’est d’ailleurs la problématique la plus fréquemment soulevée lors des auditions de ma mission d’information sur les difficultés rencontrées par les Français vivant en zone frontalière. 

La plupart des travailleurs transfrontaliers utilisent leur véhicule personnel pour rejoindre leur lieu de travail, ce qui exerce une forte pression sur les infrastructures routières. C’est particulièrement le cas aux frontières suisse et luxembourgeoise où les flux sont très importants (190 000 frontaliers vers la Suisse et 120 000 vers le Luxembourg) pour un nombre limité de points de passage, entraînant des embouteillages quotidiens. À la frontière espagnole, la situation est différente : seuls 5 000 travailleurs environ sont concernés. Les flux routiers sont surtout liés au passage des poids lourds sur les grands axes (A9 et A63). La réouverture récente de routes de montagne, fermées faute de moyens de contrôle, facilite cependant les déplacements du quotidien et le tourisme.

L’offre de transports en commun transfrontaliers demeure quant à elle insuffisante. J’ai constaté que, trop souvent, les trains s’arrêtent encore à la frontière. Quelques réussites existent néanmoins : le tramway reliant Strasbourg à Kehl et surtout le LémanExpress, réseau express franco-suisse, qui dépasse largement ses objectifs avec 70 000 passagers quotidiens. Ce dernier montre qu’une offre attractive profite non seulement aux travailleurs mais aussi aux loisirs et aux trajets internes à la France.

Ces exemples démontrent le potentiel des mobilités transfrontalières. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la loi du 27 décembre 2023, qui a permis de lancer plusieurs projets de services express régionaux métropolitains (SERM) transfrontaliers. Leur mise en œuvre permettrait de développer des lignes réellement transfrontalières, d’améliorer l’offre en zones périurbaines moins denses, de désaturer les routes et de favoriser la décarbonation des déplacements pendulaires.

La Lettre des mobilités. Quelles sont les progrès en matière de déplacements transfrontaliers en Alsace, par exemple ? Les bacs rhénans …un exemple à suivre ? Importance de la Communauté européenne d’Alsace ?

L’Alsace est un territoire de mobilités intenses : près de 70 000 personnes y traversent chaque jour une frontière pour aller travailler. La zone des Trois Frontières est particulièrement concernée, puisque 60 % des travailleurs alsaciens se rendent quotidiennement en Suisse. Les échanges avec l’Allemagne sont également très fréquents, par exemple entre Strasbourg et Kehl ou encore entre le nord de l’Alsace et Karlsruhe.

Le grand défi, c’est clairement de développer les transports collectifs transfrontaliers pour réduire la dépendance à la voiture. Avec nos partenaires, la Collectivité européenne d’Alsace travaille dans le cadre du Schéma Alsacien de Coopération Transfrontalière, qui prévoit 31 projets concrets comme par exemple : nouvelles lignes de bus, réouverture de lignes ferroviaires, sécurisation de pistes cyclables, modernisation d’infrastructures routières, ou encore de nouveaux ponts et passerelles pour franchir le Rhin plus facilement.

Un projet emblématique est celui dit « 5A3F », qui vise à améliorer les accès autoroutiers dans la zone des Trois Frontières. C’est un chantier attendu depuis des années par les milliers de travailleurs frontaliers qui passent chaque jour par Saint-Louis pour rejoindre Bâle. L’objectif est simple : désengorger l’entrée de la ville et fluidifier le trafic sur cet axe stratégique, qui est à la fois la porte d’entrée de l’agglomération bâloise et la seule voie de contournement au nord de la métropole.

La lettre des mobilités. Pour le nord Moselle : une alternative en transport collectif (donc à l’A31) ne doit-elle pas être prise ? Et si oui laquelle ?

Dans mon rapport d’information, j’insiste tout particulièrement sur les projets de lignes ferroviaires transfrontalières (recommandation n° 4). Le rail est en effet la meilleure alternative pour désengorger nos routes et offrir des solutions de mobilité durables. Mais pour avancer, il faut lever plusieurs obstacles : une véritable harmonisation des normes techniques, mais aussi une reconnaissance mutuelle des critères de recrutement, par exemple pour les conducteurs de train. Sans cela, nos projets restent trop souvent ralentis.

Lire aussi: Les transports au défit des flux transfrontaliers :

Le grand défi, c’est clairement de développer les transports collectifs transfrontaliers pour réduire la dépendance à la voiture. Avec nos partenaires, la Collectivité européenne d’Alsace travaille dans le cadre du Schéma Alsacien de Coopération Transfrontalière, qui prévoit 31 projets concrets comme par exemple : nouvelles lignes de bus, réouverture de lignes ferroviaires, sécurisation de pistes cyclables, modernisation d’infrastructures routières, ou encore de nouveaux ponts et passerelles pour franchir le Rhin plus facilement.

Un projet emblématique est celui dit « 5A3F », qui vise à améliorer les accès autoroutiers dans la zone des Trois Frontières. C’est un chantier attendu depuis des années par les milliers de travailleurs frontaliers qui passent chaque jour par Saint-Louis pour rejoindre Bâle. L’objectif est simple : désengorger l’entrée de la ville et fluidifier le trafic sur cet axe stratégique, qui est à la fois la porte d’entrée de l’agglomération bâloise et la seule voie de contournement au nord de la métropole.

3-Pour le nord Moselle : une alternative en transport collectif (donc à l’A31) ne doit-elle pas être prise ? Et si oui laquelle ?

Dans mon rapport d’information, j’insiste tout particulièrement sur les projets de lignes ferroviaires transfrontalières (recommandation n° 4). Le rail est en effet la meilleure alternative pour désengorger nos routes et offrir des solutions de mobilité durables. Mais pour avancer, il faut lever plusieurs obstacles : une véritable harmonisation des normes techniques, mais aussi une reconnaissance mutuelle des critères de recrutement, par exemple pour les conducteurs de train. Sans cela, nos projets restent trop souvent ralentis.

 

Eléna Novikova, la Lettre des mobilités