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le TGV se banalise à grande vitesse

Un TGV sur trois sera un Ouigo en 2030. Voilà qui ne plaît pas à la fédération des usagers dite la FNAUT ; elle en a assez des « low-cost » de la SNCF (jugés trop contraignants et de plus en plus chers)

Elle n’est pas forcément très connue du grand public, mais son poids est réel : pas une réunion où elle n’est invitée, ou elle s’invite, au niveau national comme en région. D’ailleurs, Jean Castex cite cette association lors de son audition devant les sénateurs. C’est dire ! la FNAUT est une association de consommateurs agréée par les pouvoirs publics, en l’occurrence sous la forme d’un arrêté (le dernier en date est du 2 décembre 2024) (1) pour la défense et la représentation en justice des intérêts des consommateurs. Ce n’est pas rien. Et dés qu’elle le peut, la FNAUT défend le train : contre des projets routiers, contre l’insuffisance des moyens consacrés aux transports collectifs. Mais elle a aussi sa petite idée de ce que doit être le transport ferroviaire – en l’occurrence les TGV.

« Le développement de Ouigo bénéficie davantage à la SNCF qu’aux passagers » déplore t elle (il s’agit bien de SNCF Voyageurs).

Là où l’entreprise ferroviaire ne voit que des avantages, notamment pour faire face à la concurrence, et attirer de nouveaux clients, banalisant le TGV, la dite fédération comptabilise surtout les inconvénients. Dans un communiqué, elle estime d’abord que Ouigo offre beaucoup moins de services que l’offre classique TGV Inoui : des billets non-remboursables, des cartes de réduction non-applicables ou des conditions d’indemnisation plus restrictives, voilà qui ne lui convient pas.

Mais là où la Fnaut voit rouge, c’est parce la montée en puissance de l’offre Ouigo se ferait au détriment de l’offre classique. « La plupart des liaisons opérées par Ouigo ont remplacé des circulations faites en TGV Inoui. C’est ainsi que les 4,5 millions de porteurs de cartes Avantage, et les centaines de milliers de porteurs de carte Liberté, ont de moins en moins de trains avec lesquels ils peuvent bénéficier de leurs abonnements », peut-on lire.

Comme les rames se font rares, cette évolution pénalise les « afficionados », porteurs de cartes de réduction, par rapport aux opportunistes ; ces derniers profitent des bons plans. Insupportable ! 

« Toutes les rames converties en Ouigo sont autant de rames de TGV Inoui en moins, ajoute t elle. « En 10 ans, l’offre Inoui a baissé de 24% en sièges/kilomètresofferts ».

« Une rame Inoui qui devient Ouigo, c’est aussi des sièges supplémentaires (par rame) et un matériel plus intensément utilisé (et encore des sièges supplémentaires)

Pierre Plaindoux, leader Transport et Mobilité, associé chez Mc2i

La solution pourrait venir de la livraison plusieurs fois reportée des nouveaux TGV M.  Comme si la raréfaction des rames, véritable frein à la concurrence, se retournait contre l’opérateur historique…ou, à tout le moins, le poussait dans ses retranchements.

Appliquée à un segment ouvert à la concurrence depuis 2018, la volatilité des prix n’est pas non plus du goût de la FNAUT. Mais pas forcément comme on pourrait le croire. C’est à dire à la baisse, concurrence oblige.

« Chaque année qui passe, le prix moyen du Ouigo se rapproche dangereusement de celui du TGV Inoui. Entre 2019 et 2023, il a augmenté de 45% (données du régulateur, l’ART). À tel point que selon nos études, et pour les jours qui précèdent le départ, les prix des Ouigo finissent par être très souvent supérieurs à ceux pratiqués par TGV Inoui pour les détenteurs de cartes Avantage ou Liberté ». Un comble. 

L’inflation des Ouigo est une réalité (25%). Pour la SNCF, cette hausse s’explique par la multiplication de liaisons plus longues donc plus chères. Le TGV se banalise. Jusqu’à la saturation ? 

notes

(1) Son président est François Delétraz; il a été élu pour succéder à Bruno Gazeau. A ce titre, il siège au Conseil d’orientation des infrastructures, aux côtés d’experts et responsables du secteur. D’après les informations que l’on peut trouver, il a plutôt un parcours de journaliste (Elle, Télérama, Vogue; il a collaboré au Figaro Magazine, comme rédacteur en chef de la rubrique « art de vivre »; mais il a été nommé président de l’Association des journalistes ferroviaires en 2007), quand son prédécesseur, plus politique, a été durant de nombreuses années délégué général de l’Union des transports publics et ferroviaires, l’organisation patronale dans les transports publics collectifs.

Elena Novikova, rédacteur et membre de la Team