
Un effort pour le passage à l’électrique…Cela se passe au pays où les transports collectifs sont gratuits, électriques ou pas.
« Ce type d’aide ne demeure pas seulement apprécié par les entreprises, mais le nombre de points de charge approuvés a également augmenté constamment depuis le premier appel, ce qui représente une réussite. C’est un pilier important pour la décarbonation de la mobilité et du transport et lève un obstacle pour l’électromobilité” déclare un responsable du ministère des Transports du Luxembourg.
Les PME sont amplement avantagées depuis le 18 juin 2021, grâce à l’approbation par la Commission européenne du plan pour la reprise et la résilience du Grand-Duché de Luxembourg. Selon ce plan, les PME peuvent désormais bénéficier de subventions couvrant jusqu’à 50 % des coûts des bornes de recharge (plafonnées à 40 000 euros par entreprise) et jusqu’à 60 % des coûts liés aux raccordements au réseau électrique (plafonnés à 60 000 euros par entreprise).
Les transports collectifs gratuits: 5 ans déjà !
Cette mesure a un coût. Les recettes tirées des billets s’élevaient avant cette mesure à 41 millions d’euros par an, soit une fraction du coût de fonctionnement de l’ensemble du système, qui s’élève à plus de 500 millions d’euros.
Les contraintes géographiques d’un pays qui reçoit beaucoup de frontaliers n’y sont pas pour rien. Et le Luxembourg est aussi le pays dont la densité de voitures est la plus élevée de l’Union Européenne : 696 pour 1 000 habitants contre 560 en moyenne dans le reste de l’Europe.
Mais certains affirment que les voitures continuent de régner sur les routes.
« La culture de la voiture est encore très présente et il est encore assez compliqué d’attirer les gens vers les transports publics », estime Merlin Gillard, un chercheur spécialisé dans les transports publics qui a en particulier travaillé sur la gratuité au LISER et à la VUB (Cosmopolis) depuis 2021.

« Qui paye quoi ? »
🇱🇺Le Luxembourg est un pays très riche, où il fait bon vivre. Où aborder qui paye est (donc) plus facile (à l’inverse de la France ?). « C’est un coût considérable mais il est payé par tous les contribuables », explique François Bausch, vice-premier ministre luxembourgeois. « Il y a plus d’équité car évidemment ceux qui paient peu d’impôts ne paient rien ou très peu dans ce système. Et ceux qui paient plus d’impôts… paient un prix qui peut être un peu plus élevé ».
Transfrontaliers, la comparaison
Toutefois, comme le système ne s’applique pas au-delà des frontières, son impact positif sur la mobilité est limité à ceux qui ont les moyens de vivre dans le pays le plus riche du monde. Et pas à ceux, au moins en partie, qui viennent en particulier de France. Ils représentent environ 45% de la population active (70% dans la santé).
Evaluation de la mesure
« Comment a évolué la fréquentation des transports depuis leur mise en gratuité » ? telle est maintenant la question.
Depuis le 1er mars 2020, tous les transports publics sont en accès libre au Luxembourg. Faisons le point rapidement sur les chiffres de fréquentation dans le tram, bus et train.
Ils n’en sont pas peu fiers. Il est vrai que pour un pays qui concentre autant de voitures, et de belles voitures, le pari était audacieux. Il relève d’une logique qui consiste à soulager le réseau routier, même si des efforts sont encore à faire du côté des dessertes transfrontalières.
Le Luxembourg qui devenait le premier pays au monde à instaurer la gratuité intégrale des transports publics a suscité la curiosité: la mesure fit la une de plusieurs médias internationaux dont le New York Times ou encore le Frankfurter Allgemeine Zeitung. En France aussi, où la gratuité fait des émules mais une mesure limitée à des agglomérations ou des publics cibles !
Au-delà de la gratuité, la clé pour rendre les transports en commun fondamentalement plus attractifs est de continuer à investir de manière conséquente dans une offre multimodale de qualité, qui réponde aux besoins de mobilité quotidienne de la population. Le passage à l’électrique en est une illustration.
Les transports publics luxembourgeois ont enregistré des progrès significatifs, malgré les défis posés par la pandémie de COVID-19 deux semaines après l’introduction de la gratuité. À titre d’exemples, le réseau ferroviaire a montré un développement notable. De 25 millions de passagers en 2019, la fréquentation est montée à 31,3 millions en 2024.
Le tramway a, quant à lui, connu une croissance exceptionnelle de sa fréquentation, bondissant de 6,2 millions de passagers en 2019 à 31,7 millions en 2024.

Cette hausse ne s’explique qu’en partie par la gratuité des transports en commun, mais aussi par l’attractivité grandissante du tram, renforcée par les extensions successives de la ligne. Il faut dire que quand vous arrivez de Mondorf les Bains, avec le e bus 413 (avec un véhicule du constructeur MAN – voir photo), votre correspondance se fait à la gare, et on y arrive un peu décontenancé car il n’y a pas de continuité de cheminement pour rejoindre la station du tram (mais c’est faisable à condition de ne pas être en situation de PMR). Le bénéfice environnemental et social est également souligné, même si je n’ai pas (encore) trouvé de chiffres du ministère en ce qui concerne l’impact positif de la mesure.
La voiture encore très plébiscitée
Concernant le réseau RGTR, ces bus ont transporté 145.000 passagers par jour en 2024, soit 20.000 navetteurs en plus en huit ans.
Lire aussi :http://Près de 70% des Luxembourgeois se rendent au travail en voiture
L’offre gratuite des transports publics a-t-elle fait baisser le nombre de voitures sur les routes grand-ducales? Force est de constater que cette mesure n’a pas réduit le nombre de véhicules au Luxembourg. Ce nombre est passé de 363.000 en 2013 à 453.000 en 2023, même s’il convient de ne pas négliger la croissance démographique du pays sur cette période. C’est le pays où la densité de voitures est une des plus élevées de l’Union européenne: 696 pour 1000 habitants, contre 560 en moyenne dans le reste de l’Union (mais le match est serré avec l’Italie, compte tenu de trois régions en particuliers).

Et les voitures électriques? Où en est le Luxembourg?
Leur part de marché est de 8,52% du total fin 2023; un chiffre qui reste loin de l’objectif de 49% d’ici 2030
«Même si une progression rapide et importante de volume de ventes dans les années à venir est attendue, cet objectif apparaît aujourd’hui difficile à atteindre», estime la Chambre de commerce, ainsi dans une récente publication intitulée “Voitures électriques au Luxembourg: maîtriser la transition face aux défis”.
Le plan national énergie et climat (PNEC), qui fixe l’objectif de 49% à l’horizon 2030, précise que sont inclus dans le calcul les voitures électriques ainsi que les véhicules de type plug-in hybride.
Le Luxembourg bon élève
La dynamique de ces dernières années est en tout cas spectaculaire. En 2008, deux voitures électrifiées sont enregistrées au Luxembourg, selon les chiffres du Statec. Au courant de l’année 2017, le millier est franchi et, à la fin de la même année, plus de 2.000 voitures électrifiées sont comptabilisées. A la fin de l’année 2023, le Luxembourg en compte plus de 38.000, dont plus de 23.000 voitures électriques et 15.000 voitures de type plug-in hybrides.

Le Luxembourg fait en outre partie des meilleurs élèves en la matière au sein de l’UE. Selon les chiffres d’Eurostat, à la fin de l’année 2022, le Luxembourg, avec alors 5,81% de son parc automobile électrifié, arrivait en troisième position du classement, après le Danemark (7,77 %) et la Suède (8,78%).
D’autant plus que, pour l’instant, l’électrification du parc automobile reste «majoritairement portée par les personnes morales» (les sociétés), note la Chambre de commerce. Elle remarque ainsi que 76,5% des voitures électriques immatriculées au 3e trimestre 2023 l’ont été par des personnes morales.
Mobiliser les personnes physiques
Sous un autre angle, 30,3% des voitures immatriculées par les personnes morales durant cette même période étaient électriques, contre seulement 15,4 % pour les individus.
L’enjeu de l’électrification du parc automobile est d’autant plus important au Luxembourg qu’il s’agit d’un des leviers principaux de décarbonation de la mobilité. (voir les chiffres détaillés et les graphiques à l’appui)Le secteur du transport représente en effet plus de 60% des émissions de gaz à effet de serre. Des mesures telles que la taxe CO2 et l’électrification des véhicules sont ainsi essentielles pour atteindre l’objectif du PNEC de réduire de 55% les émissions de CO2 d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.




