
Le Luxembourg n’est pas seulement un pays au PIB par habitant élevé : c’est aussi un territoire où la mobilité quotidienne reste fortement dépendante de la voiture, bien davantage que dans la moyenne des pays de l’Union européenne — et ce, malgré la gratuité des transports publics. Par ailleurs, le parc automobile luxembourgeois figure parmi les plus récents d’Europe, avec un âge moyen d’environ 7,9 ans pour les voitures particulières, contre 12,3 ans en moyenne dans l’Union européenne, selon les données de l’ACEA.
Cette dynamique se traduit par un taux d’équipement particulièrement élevé : le pays compte environ 678 voitures particulières pour 1 000 habitants (en 2022), l’un des niveaux les plus hauts de l’Union européenne, juste derrière l’Italie. Pourtant, malgré ce parc dense et relativement neuf, les véhicules électriques ne représentent encore qu’une part marginale du total. Selon les chiffres officiels, seules 3,9 % des voitures en circulation sont électriques.
Dans ces conditions, le Luxembourg apparaît en décalage avec ses ambitions climatiques. « À ce rythme, le Grand-Duché n’atteindra pas ses objectifs », avertissait récemment Frédéric Meys, économiste à la Fondation Idea, lors d’un débat organisé à la Chambre de commerce. Si la transition vers l’électromobilité progresse, elle demeure freinée par un facteur central : l’autonomie.
Une étude récente de l’Auto Touring ACL (lire ci dessous) présentée en marge de ces discussions, met des chiffres sur cette défiance persistante. Car les obstacles identifiés ne sont pas uniquement techniques ou économiques : ils relèvent aussi largement de la perception et des habitudes de mobilité. L’hésitation domine encore largement chez les automobilistes : 46 % se déclarent indécis quant à un éventuel passage à la voiture électrique. Une indécision révélatrice de freins bien identifiés, qui continuent de peser lourdement dans la décision d’achat.
L’autonomie, un frein largement psychologique
Cette défiance se traduit par des attentes particulièrement élevées en matière d’autonomie. Selon l’étude, 60 % des répondants estiment qu’une autonomie d’au moins 500 kilomètres est nécessaire pour envisager sereinement l’achat d’un véhicule électrique. Une exigence largement supérieure aux besoins quotidiens moyens, mais révélatrice d’un enjeu central : la volonté de préserver une liberté de déplacement perçue comme équivalente à celle offerte par les véhicules thermiques.
Ainsi, malgré une offre de plus en plus étoffée et des politiques publiques incitatives, l’achat d’un véhicule électrique continue de susciter appréhensions et réticences. En tête des freins figure en effet une autonomie jugée insuffisante — parfois davantage ressentie que réelle — devant même le prix d’achat, pourtant souvent mis en avant dans le débat public. Plus qu’un problème technologique, l’électromobilité se heurte donc encore à un verrou psychologique.
Néanmoins en Europe, les sept plus gros constructeurs ont nettement augmenté la part de voitures électriques dans leurs immatriculations : elles représentent désormais 27 % des ventes de BMW, en hausse de 5 points sur un an, 20 % chez Hyundai (+8 points), ou 19 % pour le groupe Volkswagen (+7 points). Les deux marques allemandes étant parmi les plus vendues au Luxembourg. septembre 2025, Hyundai a enregistré une forte croissance des ventes, atteignant environ 4,8 % de part de marché sur ce mois-ci dans le classement des marques — ce qui la place autour de la 6ᵉ position, derrière plusieurs marques européennes plus vendues.
Détail
C’est l’un des constats transversaux du débat réunissant représentants du secteur automobile, responsables politiques et économistes. Si le coût total de détention des véhicules électriques est désormais compétitif face aux motorisations thermiques, primes comprises, ce progrès ne suffit pas à dissiper les réticences d’une partie des automobilistes.
Présentée en marge du débat, une étude récente d’Auto Touring ACL met en chiffres cette défiance. Testés en conditions hivernales réalistes, 14 modèles électriques affichent en moyenne un écart de 41,3% entre l’autonomie WLTP annoncée et l’autonomie réellement mesurée. L’écart atteint même 57% pour la consommation, tandis que la recharge rapide ne permet de récupérer en moyenne que 34% de la capacité de départ en 20 minutes. Des résultats qui confirment une réalité déjà largement ressentie sur le terrain, notamment lors des trajets longue distance en hiver car ce test a été réalisé en refroidissant les voitures sélectionnées pendant 14 à 18 heures à zéro degrés avant de leur demander d’effectuer un parcours sur autoroute entre Munich et Berlin, à une vitesse entre 113 et 116km/h, avec un habitacle chauffé entre 20 et 23 degrés.
Tous les modèles ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Selon Auto Touring ACL [article réservé aux membres] (toutefois, lire ci dessous ) la Tesla Model Y, la Polestar 4 et l’Audi A6 Avant e-tron se distinguent par une meilleure cohérence entre promesses et performances réelles, avec des écarts plus contenus que la moyenne. À l’inverse, certains véhicules affichent des divergences nettement plus marquées, alimentant la perception d’une technologie encore imparfaite.
Cette question de l’autonomie est pourtant, pour certains intervenants, davantage psychologique que technique.

Le Luxembourg a adopté la gratuité de ses transports publics en 2020.
Cette enquête publiée le 13 octobre 2025 par l’ACL s’appuie sur un sondage réalisé auprès de 1 075 membres du club automobile pour analyser leurs comportements, attentes et perceptions vis-à-vis de l’électromobilité.
Points clés de l’étude :
• 38 % des répondants déclarent déjà utiliser une voiture 100 % électrique comme véhicule principal.
• Malgré cette adoption, 39 % n’envisagent pas de passer à l’électrique dans les cinq prochaines années et 46 % restent indécis — signe d’une adhésion encore hésitante.
• Parmi les freins principaux, l’autonomie perçue comme insuffisante arrive en tête, devant le prix d’achat et le manque de bornes de recharge.
• 60 % des répondants estiment qu’une autonomie d’au moins 500 km est nécessaire pour envisager sereinement un véhicule électrique, et seulement 11 % jugent 300 km suffisants.
👉 L’étude met donc en évidence non seulement un écart entre les performances techniques réelles des voitures électriques et les attentes des utilisateurs, mais surtout une perception psychologique élevée de l’autonomie comme critère indispensable avant d’adopter pleinement cette technologie.
———–
Étude ACL – chiffres clés sur l’autonomie des véhicules électriques
• Échantillon :
➝ 1 075 membres de l’ACL interrogés
• Adoption actuelle :
➝ 38 % des répondants utilisent déjà une voiture 100 % électrique comme véhicule principal
• Intention de transition :
➝ 39 % n’envisagent pas de passer à l’électrique dans les 5 prochaines années
➝ 46 % se déclarent indécis
• Freins majeurs identifiés :
1. Autonomie jugée insuffisante
2. Prix d’achat
3. Infrastructure de recharge
• Autonomie jugée “acceptable” :
➝ 60 % estiment qu’une autonomie ≥ 500 km est nécessaire
➝ 11 % seulement considèrent 300 km suffisants
• Écart perception / réalité :
➝ Les attentes en matière d’autonomie sont nettement supérieures aux besoins réels de mobilité quotidienne
➝ La peur du manque d’autonomie persiste même chez des usagers informés
Eric Ritter




