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Ferroviaire : les débuts difficiles de Transdev dans le Sud

La concurrence dans le ferroviaire est un art difficile. Un art qui a été rendu encore plus difficile. Transdev n’y échappe pas.

Alors que l’offre remise par le groupe allemand Rethmann a, semble t il, été acceptée formellement par la Caisse des Dépôts le vendredi 14 mars, le groupe en passe de changer de pavillon connaît des difficultés dans la Région Sud. Pour la première fois, en effet, un concurrent de SNCF Voyageurs va faire circuler en juin prochain des trains régionaux, en l’occurrence sur la ligne TER entre Marseille-Toulon-Nice. Cette liaison représente, à elle seule, 10% de l’offre ferroviaire régionale. Mise en service : fin juin 2025.

Transdev remporte le premier appel d’offres ferroviaire régional en France, avec l’attribution de la ligne Marseille-Toulon-Nice dans la Région Sud – Transdev, the mobility company

https://www.transdev.com/fr/communique-de-presse/transdev-remporte-premier-appel-doffres-ferroviaire-regional-france-attribution-ligne-marseille-toulon-nice-region-sud/

L’opérateur, qui est déjà présent sur ce segment de marché en Allemagne, s’est voulu ambitieux :  l’offre consistant à doubler le nombre d’allers-retours quotidiens sur la ligne avec un taux de régularité de 97%, notamment grâce à 16 rames neuves Omneo Premium, commandées à Alstom pour 250 millions d’euros, en premier lieu. Mais s’il existe encore des opérateurs désireux de relever le défit, faut-il encore qu’ils aient à leur disposition des rames.

Celles qui ont été commandées par Transdev devaient être toutes opérationnelles dès le début du contrat (2021…?), les trains actuels, trop anciens, n’étant pas transférés au nouvel opérateur. .

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La Région Sud a confié, le 30 novembre 2021, à Transdev l’exploitation – à partir de l’été 2025 – des trains de la ligne Marseille-Toulon-Nice. Cette liaison représente, à elle seule, 10% de l’offre ferroviaire régionale. La décision de la Région recouvre un caractère historique. Il s’agit, en effet, du premier appel d’offres portant sur des trains régionaux attribué à un concurrent de l’opérateur historique, depuis l’ouverture à la concurrence du transport par le rail de voyageurs. 

Le contrat de concession de service public prévoit que Transdev fasse, pour le compte de la Région, l’acquisition du matériel roulant nécessaire à l’exploitation des missions inter métropoles, ainsi que la construction d’un centre de maintenance pour son entretien, situé à proximité de la gare de Nice. Cela permettra à Transdev d’assurer à la fois une grande sécurité des opérations, un entretien maîtrisé et optimisé et donc, une disponibilité totale des rames, en particulier en périodes de pointes. 

Dans ce cadre, Transdev a choisi Alstom pour la fourniture de 16 trains de 8 voitures Omneo à deux niveaux, capacitaires, offrant de hauts standards de confort et de service à bord. Ce contrat d’un montant d’environ 250 millions d’euros comprend également le support à la maintenance pour une durée de 10 ans. La livraison de ce nouveau matériel, fabriqué sur le site Alstom de Crespin (Nord), débutera fin 2024. 

Ces nouvelles rames de 8 voitures, d’une longueur de 110 mètres, offriront 352 places assises ainsi que 49 stra- pontins pour les voyageurs réalisant un trajet court (soit 401 places, au total). Cette grande capacité est obtenue grâce à l’alternance de voitures à un et deux niveaux. À cela s’ajoute la modularité permettant de faire circuler une ou deux rames couplées l’une à l’autre, en fonction de la fréquentation escomptée. 

https://www.transdev.com/wp-content/uploads/2023/11/2023-11-23-communique-de-presse_alstom-region-sud-transdev_crespin.pdf

Ces nouvelles rames seront compatibles avec la nouvelle signalisation ERTMS (European Rail Traffic Management System, système européen de gestion du trafic ferroviaire) déployée sur cet axe à partir de 2028. Elles seront également compatibles avec la nouvelle infrastructure créée par le projet LNPCA (Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur, consistant notamment à reconfigurer le réseau et à offrir plus de trains pour le territoire) dans ses différentes phases. 

Ces trains Omneo sont issus de la plateforme Omneo d’Alstom dont 544 rames ont déjà été commandées par 10 régions françaises (403 rames périurbaines et régionales et 141 rames Intercités). 

Une plateforme de trains modulaire et personnalisable, déclinée en différentes versions pour répondre aux besoins des régions françaises

Un train « Origine France Garantie », conçu et fabriqué sur le site Alstom de Crespin, dans les Hauts-de-France

L’une des deux plus longues séries dans l’histoire de la production ferroviaire française

12 décembre 2023 – Alstom célèbre la production de la 400e rame à deux niveaux de la plateforme Omneo Regio 2N

A la demande de la Région Sud, Transdev, fort de ce dispositif, doublera l’offre de transport, avec 15 liaisons aller-retour par jour et des cadencements à l’heure sur une plus large amplitude horaire. L’enjeu est d’apporter plus de qualité de service, de fiabilité, de régularité et de ponctualité (97,5% des trains ponctuels). Cette ligne est aussi résolument inscrite dans la transition écologique. L’énergie de traction des trains sera 100% verte, d’ori- gine française, avec l’achat de certificats verts auprès du fournisseur d’électricité. Les conducteurs seront, quant à eux, formés à l’écoconduite ferroviaire. 

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Indisponibilité du matériel roulant

Cette indisponibilité est un vrai problème pour la concurrence dans le ferroviaire. Comme dans plusieurs contrats, Alstom fait subir aux acquéreurs des retards de livraison. La Région Sud confirme à BFM Business qu’Alstom ne pourra livrer que 8 des 16 rames Omneo Premium prévues.

La région Sud doit donc se tourner vers la location de rames pour tenir sa promesse de fréquence. Selon les informations de BFM Business, huit rames Régiolis seront louées à la Région Grand Est, trois à la Région Auvergne-Rhône-Alpes et une à la Région Centre Val de Loire. Une situation qui déplaît, notamment aux syndicats de cheminots. Fondamentalement, l’industrie ferroviaire est toujours dans une logique de flux; pas de stock. A cette situation s’ajouter l’absence d’un marché du train d’occasion.

Ces difficultés contrarient la Région Sud qui indique au média qu’Alstom « devra payer des pénalités de retard à Transdev ». « En parallèle, Transdev paiera le coût des locations à la SNCF ». Le montant n’a pas été communiqué.

A cette difficulté, s’ajoute celle des conducteurs. Il en manquent encore à l’appel : les formations de ceux qui ont été embauchés ont été compliquées par le retard des trains neufs d’Alstom. Ces conducteurs devront être capables également de faire rouler « les trains prêtés par les autres régions qui sont des modèles hétérogènes (Régiolis, Régio2N) et différents des Omneo Premium ». 

Une situation peut encourageante 

Cette situation peu encourageante pour la concurrence, et même dissuasive, se produit au moment où, rappelons-le, le groupe allemand Rethmann progresse au capital de 32% à 66% : l’actuel actionnaire majoritaire passant de 68% à 34%.

Une bonne partie du chemin est déjà effectué mais il n’est pas encore totalement accompli. Les prochaines étapes sont les suivantes : la levée des conditions suspensives à caractère social, l’accord en France de la Commission des participations et des transferts (puisque l’opération s’apparente à une privatisation par le changement d’actionnaire majoritaire) et celui du Ministère de l’Economie et des Finances. Le terme du processus est prévu au plus tôt en juin, date à laquelle les trains de Transdev doivent circuler dans le Sud. 

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M. Rethmann, M. Lombard (alors Caisse des dépôts), M Mallet, au moment du premier accord avec Rethmann (on rappelle qu’il s’agit d’une entreprise familiale).

Rappel 2019: la Caisse des Dépôts et le Groupe RETHMANN ont annoncé ce jour la finalisation de l’acquisition de 34% du capital de Transdev par le Groupe RETHMANN, conformément à l’accord conclu le 2 octobre 2018. Cette nouvelle structure actionnariale permettra à Transdev d’accélérer son développement en France et à l’international.

RETHMANN est la société-mère de trois branches d’activité autonomes, REMONDIS, Rhenus et SARIA, qui sont synonyme de services fiables, de proximité du client et d’esprit d’innovation. En outre, RETHMANN détient une participation de 34% dans le groupe Transdev, l’un des principaux opérateurs et intégrateurs internationaux de mobilité dans le domaine des transports publics collectifs. Depuis 1934, année de la fondation du groupe RETHMANN, le siège social de la holding familiale se trouve à Selm en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (All.).

Dans le prolongement de l’accord conclu entre la Caisse des Dépôts et le Groupe RETHMANN le 2 octobre 2018, le Groupe Rethmann a acquis les 30% du capital de Transdev jusqu’alors détenus par le Groupe Veolia. En parallèle, le Groupe RETHMANN a apporté à Transdev ses activités dans les transports publics de voyageurs en Allemagne (Rhenus Veniro), via une augmentation de capital réservée de 4% et portera, après souscription à cette augmentation de capital, son niveau de détention à 34% du capital de Transdev.

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En prélude à son changement d’actionnariat, qui verra le groupe allemand Rethmann devenir majoritaire à son capital, Transdev, filiale de la Caisse des dépôts, vient d’afficher sa bonne santé. Le groupe de transport collectif, présent dans 19 pays, a passé pour la première fois, en 2024, la barre des 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+8 %). Il annonce, en outre, un résultat opérationnel courant en hausse de 31 %, à 222 millions d’euros, et un résultat net qui a plus que doublé, à 43 millions d’euros, même après certaines dépréciations d’actifs pour un montant de 57 millions.

Plusieurs gains ou renouvellements de contrats locaux dans ses pays clés (dans l’ordre : France, Etats-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Australie) ont conforté la croissance du groupe qui emploie désormais 105.000 collaborateurs et transporte 12,8 millions de passagers par jour en moyenne dans ses réseaux de bus, trains, ou tramways. « Nos succès montrent clairement la pertinence de notre stratégie et la robustesse de notre modèle. Nous restons très équilibrés en termes de développement », se félicite son PDG, Thierry Mallet (Les Echos).

Des marges de progression

Pour autant, il reconnait qu’avec un niveau de marge nette très limité, de 0,4 %, le curseur n’est pas à l’optimum. « Le niveau de marge que nous devrions avoir dans ces métiers est plutôt de 1,5 % à 2 %, ce que nos grands actionnaires savent », indique le patron. « Avec ce niveau de marge, il y a encore du travail », acquiesce le directeur financier et juridique, Marcos Garcia (idem).

Selon un rapport de la Cour des comptes, observations définitives 2020, le chiffre d’affaires réalisé en France, d’un montant de 2,5 Md€, représente plus du tiers de l’activité mondiale groupe en 2020 (36 %). Son recul par rapport à 2019 (-12,2 %) est plus marqué que la moyenne du groupe (-8,9 %).  Principalement porté par les résultats en Île-de-France (9,3 % du total des recettes du groupe en 2020). Si les activités en France sont, à l’instar du groupe, principalement tournées vers le B2G (94,5 % en 2020), le secteur du B2B reste présent (5,5 % en 2020) au profit de la clientèle professionnelle, notamment dans le domaine du tourisme (59 M€ de recettes en 2020).

Source: Cour des comptes, période 2017/2020

Plusieurs gains ou renouvellements de contrats locaux dans ses pays clés (dans l’ordre : France, Etats-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Australie) ont conforté la croissance du groupe qui emploie désormais 105.000 collaborateurs et transporte 12,8 millions de passagers par jour en moyenne dans ses réseaux de bus, trains, ou tramways. « Nos succès montrent clairement la pertinence de notre stratégie et la robustesse de notre modèle. 

Le marché français (plus du tiers) mais dont la part relative diminue

C’est sur le ferroviaire que Transdev entend jusqu’à présent remporter des parts de marché. Même si le groupe est très présent sur le marché des autocars interurbains, il peut logiquement tirer des fruits de son expérience en Allemagne. Transdev Allemagne exploite en effet la deuxième plus grande flotte de véhicules ferroviaires d’Allemagne, soit 43 millions de kilomètres. Le transport ferroviaire local de passagers (« Schienenpersonennahverkehr-SPNV ») se caractérise par une ouverture à la concurrence plus rapide qu’en France (1994), et l’importance de lignes secondaires sur lesquelles il est plus facile de se positionner en tant que challenger. Mais avec plus de 3 200 bus, Transdev couvre aussi 133 millions de kilomètres avec des bus à services réguliers dans toute l’Allemagne. 

Ferroviaire en Allemagne : enjeux, potentiel et approche – Blog CCI France Allemagne CCFA e.V.

Réseau allemand. Sa position centrale au sein du réseau ferré en Europe et sa grande ouverture géographique lui valent la place de 1er marché ferroviaire européen. L’Allemagne possède l’un des réseaux ferrés les plus denses au monde. Son réseau de chemin de fer s’étend actuellement sur 38 400 km ; à titre de comparaison, la France compte seulement 30 300 km de voies ferrées pour une superficie nettement supérieure.

Le principal exploitant du réseau ferroviaire allemand est actuellement la Deutsche Bahn avec 33 400 km de voies, soit 87 % de la longueur totale. Les trains parcourent plus d’un milliard de kilomètres par an sur ce seul réseau.

En 2022, on recense 512 opérateurs homologués en Allemagne : 58 uniquement sur le transport de passagers, 139 uniquement sur le fret, et 242 avec une activité mixte.

En dehors de la DB, de ses filiales, et de quelques gros opérateurs (voir ci-dessous), la plupart interviennent sur des petits tronçons.

https://www.se-developper-en-allemagne.fr/ferroviaire-en-allemagne-enjeux-potentiel-et-approche/

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Pour Transdev, le marché français reste prédominant (plus du tiers), l’Amérique du Nord arrive juste derrière (17 %), et l’Allemagne/Europe centrale (17 %) dont les activités se sont considérablement développées à compter de 2018 et surtout 2019, avec l’acquisition de la société Rhenus Veniro appartenant précédemment au groupe Rethmann.