
Indépendamment de son importance concrète, le ministère des Transports ne fait pas l’objet d’un enjeu politique aussi important que celui de l’Intérieur ou de l’Education Nationale. Ni même comme celui de l’Agriculture, ou, très proche de lui, celui de l’Energie ou de l’Industrie. Pourtant, il faut à la tête de ce ministère une femme ou un homme capable de tenir un cap.
Les mobilités sont devenues d’une très grande importance pour nos sociétés occidentales développées. Pas uniquement sous l’angle rebattu de la décarbonation, mais aussi sous l’angle de la vie quotidienne de trop nombreux Français à qui aucune offre de transport ne leur est proposée à la place leur voiture particulière. Le prix à payer pour une désindustrialisation et un abandon de toute politique sérieuse d’aménagement du territoire : pour vivre de son travail, faute d’activités à proximité de chez soi, il faut maintenant s’imposer de très longs trajets quotidiens, le plus souvent en voiture.
Alors un cap, oui, mais lequel ? au regard de ces défis qui exigeraient un vrai débat national, devant les Français, et pas uniquement entre experts.
« Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions (article 8, Constitution de la Ve République) ».
Voilà, après plus d’une heure et demi que le Premier ministre était entré à l’Elysée et qu’on attendait (ou pas) le gouvernement est annoncé avant que le Président de la République ne s’envole pour l’Egypte (dans le cadre d’une conférence pour la paix au Moyen-Orient, il est vrai. Mais pourquoi faire ?). La situation nationale n’exige donc nullement sa présence à Paris ; mais il est vrai qu’un conseil des ministres se tiendra mardi avant le discours de politique générale du Premier ministre.
Philippe Tabarot reste aux transports. « J’ai fait le choix, en responsabilité, d’accepter ce soir la proposition du Président de la République et du Premier ministre de poursuivre mon action au Gouvernement« . Et le ministre d’ajouter un point qui lui tient à coeur : « Je les remercie de faire des Transports un champ prioritaire de l’action publique, avec un ministère de plein exercice – une première depuis 1988« . Cela peut paraître technique, mais c’est très important. Par exemple, dans cette nouvelle composition de l’Exécutif, la Fonction Publique perd son ministère de plein exercice pour revenir dans le giron de Bercy. Un ministre de plein exercice sont est un membres du Gouvernement qui bénéficie de la plénitude des attributions constitutionnelles des ministres et ne sont placés sous l’autorité d’aucun autre ministre; il se différencie ainsi d’un ministre délégué et a fortiori d’un secrétaire d’Etat.
Pourquoi faire ?
Philippe Tabarot trouvera Jean-Pierre Farandou qui fait son entrée comme ministre du Travail et des Solidarités. Il pourra laisser sa place à son successeur à la tête de la SNCF : un ancien Premier ministre ?
Le sens du devoir ? Mais pourquoi faire?
C’est évidemment l’argument avancé pour accepter une telle nomination. Après tout, il faut bien un Gouvernement à la France ; une des têtes de l’Exécutif. Mais toute la question est : pourquoi faire? Sans doute un exercice a minima, le temps de l’adoption d’un budget dont les bases sont celles élaborées par les gouvernements précédents, celui de Michel Barnier en l’occurrence. Dans un contexte politique où Philippe Tabarot apparaît en décalage avec les consignes données par son propre parti, Les Républicains. Le ministère des Transports n’échappera pas à la tourmente générale que connaît actuellement le pays. Une tourmente dont il doit sortir au plus tôt. Il y a tant à faire.
Pour combien de temps ?
Le ministère des Transports n’échappera pas à la tourmente. Celle qui, à l’occasion du débat pour le budget 2026, bousculera le projet du gouvernement (des gouvernements puisque la copie de départ est la même que précédemment). Celle qui, à l’occasion de telle ou telle disposition concernant les transports, ne répondra pas aux attentes du secteur.
Eric Ritter




