
Si les détails de telle ou telle mesure sont instructifs – et de ce point de vue la conférence sur le financement privé des infrastructures du jeudi 12 juin a globalement rempli son office – il est toujours intéressant d’avoir une vue d’ensemble.
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Par exemple, en s’interrogeant sur la compétition que se livrent les pays au niveau mondial pour attirer à eux ces financements privés. Autant le ministre de l’économie Eric Lombard soulignait dans la matinée la nécessité de se tourner vers les mécanismes de financement européens (BEI, etc *) pour les infrastructures de transport, autant c’est l’épargne des Européens qu’il souhait mettre à contribution pour financer plus généralement les entreprises et la transition écologique (1).
En 2024, le groupe de la Banque européenne d’investissement (BEI et Fonds européen d’investissement – FEI) a déployé un montant record de 89 milliards d’euros de financements. L’institution financière de l’Union européenne marque ainsi une forte augmentation de son soutien par rapport aux années précédentes. Avec 57 % des fonds dédiés à la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement, la BEI confirme également son rôle moteur dans la transition écologique en Europe.
Premier bénéficiaire des prêts l’an dernier avec un total de 12,6 milliards d’euros, la France illustre cette dynamique par des investissements stratégiques dans les énergies renouvelables, mais aussi l’innovation et les infrastructures sociales. Une première place qui, pour le vice-président de la BEI Ambroise Fayolle, s’explique en partie par l’alignement des projets français avec les objectifs stratégiques de son institution. « Les priorités européennes financées par la BEI sont en phase avec les projets d’un pays comme la France, dans des domaines tels que la lutte contre le changement climatique, la santé et les infrastructures publiques », a-t-il souligné le 13 février 2025 lors de la présentation des résultats annuels à la presse, à Paris, dans les locaux du Bureau de la BEI en France.
(1)Filiale de la BEI spécialisée dans les prêts aux petites et moyennes entreprises (PME), le Fonds européen d’investissement (FEI) explique pour beaucoup l’accroissement des projets soutenus en France. Un record de 2,6 milliards d’euros a été alloués à des PME françaises en 2024.

Recherche de financements : l’offensive générale
Sept pays de l’Union européenne, dont la France, l’Espagne et l’Allemagne, ont ainsi lancé jeudi dans l’après midi, à Paris même, un label «Finance Europe», une étape vers l’union de l’épargne et de l’investissement encore à construire, selon le ministère. Cette initiative, à laquelle participent également les Pays-Bas, le Portugal, le Luxembourg et l’Estonie, intervient évidemment sur fond de tensions géopolitiques et commerciales internationales, qui ont conduit l’UE à réaffirmer sa volonté de renforcer sa compétitivité et de créer un marché unique de la finance pour combler son retard avec les États-Unis.
Le label «Finance Europe» s’appliquera à des produits financiers existants ou à créer, dont au moins 70% des actifs sont investis dans des entreprises européennes, prioritairement en actions, pour une durée d’investissement minimale de cinq ans. L’objectif est que ce label, qui sera «autodéclaré» par les banques, assurances ou fonds, puisse être opérationnel en 2026.
Selon le ministre de l’économie, chaque année, 20% de l’épargne de la zone euro serait investie à l’étranger, tandis que les 80% restants demeureraient majoritairement placés sur des comptes bancaires à faible rendement. Il existe donc une « manne » qu’il faudrait réorienter afin de pourvoir aux besoins de financements supplémentaires évalués à 800 milliards d’euros annuels d’ici 2030 pour la TE, l’innovation numérique et les infrastructures critiques.

Critiques ou pas, les infrastructures de transport sont à entretenir, à régénérer ; il faut aussi les développer ou les moderniser pour contribuer à une décarbonation des mobilités et atteindre un report modal auquel le secteur des transports est évidemment très attaché – c’est sa raison d’être. Il n’est pas surprenant dans ces conditions, de recourir à des montages juridico-financiers complexes, en tout cas au stade des intentions.
Une concurrence au sein de l’Union européenne?
Si l’intérêt des contrats de partenariats et concessions est bien réel, s’il faudra manifestement aussi convaincre de leur intérêt, il ne faudrait pas négliger la concurrence qui existe au sein même de l’UE pour briguer ces sources de financement privées. Avec l’Allemagne par exemple.
Parmi les financements approuvés récemment par la BEI figure un montant de plus de 1 milliard d’euros pour les transports à faibles émissions en Europe du Nord, la mobilité urbaine en Allemagne (et les transports à faibles émissions en Europe du Nord, il faut aussi le souligner)
Notre voisin s’apprête à mettre fin à des années d’extrême rigueur dans la gestion de son budget en mettant en oeuvre son plan de relance. L’Allemagne pourrait ainsi lever 350 milliards d’euros sur les marchés en 2026 contre 265 milliards prévus pour cette année, estimait en mars Natixis. Prenant potentiellement la place de premier emprunteur européen à la France.
Conséquence, l’écart de taux à 10 ans devrait se réduire de 10 points de base (pb) entre l’Allemagne et l’Italie, alors que ce « spread » est déjà proche de ses plus bas historiques. Celui entre les dettes de Berlin et Paris devrait redescendre à 60 pb contre 68 actuellement. Encore au-dessus, malgré tout, des 50 pb qui constituaient la norme avant la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier.
* La BEI a toutefois resserré ses critères pour le financement des autoroutes
A propos de la BEI
La Banque européenne d’investissement (BEI), dont les actionnaires sont les 27 États membres de l’Union européenne (UE), est l’institution de financement à long terme de l’UE. La BEI met à disposition des secteurs public et privé des prêts destinés à appuyer des investissements de qualité contribuant à la réalisation des grands objectifs de l’UE. En 2023, la France a été le premier pays bénéficiaire des financements de la BEI dans la transition énergétique et verte avec un investissement global de 6,9 milliards d’euros en faveur des énergies renouvelables, des mobilités propres et de l’efficacité énergétique. Partenaire des collectivités territoriales, la BEI a consacré l’an dernier 2,3 milliards de financements aux transports publics ferroviaires et urbains et aux mobilités douces, son premier secteur d’investissement en France l’an dernier.
Détail
- Le Conseil d’administration de la BEI donne son accord à 3,6 milliards d’euros de financements pour les transports propres, l’énergie et l’innovation, ainsi que pour la modernisation des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement en Afrique.
- Le Conseil d’administration de la BEI donne également son aval à un soutien plus large au secteur automobile européen, qui a bénéficié de plus de 11 milliards d’euros de financements de la Banque au cours des cinq dernières années.
Le Conseil d’administration de la Banque européenne d’investissement (BEI) et celui du Fonds européen d’investissement (FEI) ont approuvé, lors de leurs réunions respectives cette semaine, de nouveaux financements pour soutenir la prospérité et la résilience économiques, stimuler l’innovation et l’autonomie stratégique de l’UE dans les nouvelles technologies et approfondir les partenariats à l’échelle mondiale.
Nadia Calviño, présidente du Groupe BEI : « Le Groupe BEI s’emploie à répondre aux priorités de l’Europe dans le contexte international instable que nous connaissons, en finançant des projets qui stimulent la sécurité, l’innovation technologique et les infrastructures critiques et en approfondissant nos partenariats dans le monde entier. Nous avons également réaffirmé notre engagement à soutenir les champions européens de l’industrie automobile, secteur qui constitue le deuxième domaine d’intervention du Groupe BEI après l’énergie, avec plus de 11,5 milliards d’euros engagés au cours des cinq dernières années. »
Le Conseil d’administration de la BEI a approuvé un total de 3,6 milliards d’euros pour de nouveaux projets ayant trait aux infrastructures hydriques et énergétiques, au logement et aux transports propres.
Le Conseil d’administration du FEI a donné son aval à des opérations pour un montant total de 2,2 milliards d’euros, dont quatre relèvent du mécanisme de garantie EU4Business visant à faciliter l’accès au financement des entreprises touchées par la guerre en Ukraine.
Soutien au secteur automobile
Le Conseil d’administration de la BEI a examiné les moyens de renforcer encore le soutien à l’industrie automobile européenne, en mettant l’accent sur l’innovation et l’investissement dans les technologies futures. Au cours des cinq dernières années, le Groupe BEI a mis à la disposition du secteur plus de 11,5 milliards d’euros. Les financements sont allés à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et aux infrastructures clés, de la fabrication de batteries et de composants aux stations de recharge pour véhicules électriques.
Transports, énergie, eau et logement
Le feu vert a également été donné à un montant total de 1,4 milliard d’euros pour des investissements à grande échelle dans les domaines de l’énergie et de l’eau. Il s’agit notamment de soutenir les travaux de recherche-développement sur des pompes à chaleur en Pologne et en Belgique, l’amélioration des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement en Lettonie et en Guinée ainsi que l’extension du réseau de distribution d’électricité au Brésil.
Enfin, le Conseil d’administration a donné son aval à un financement pour la construction de plus de 700 logements abordables en Tchéquie.
De nouveaux financements de la BEI d’un montant de 1,1 milliard d’euros ont été approuvés ce jour en faveur de l’investissement des entreprises. Citons notamment des programmes de financement destinés aux petites entreprises en Espagne et en Grèce, ainsi que des prêts d’amorçage-investissement en faveur de logiciels 3D, de la santé numérique et de la résistance de l’agriculture aux maladies et à la sécheresse.
Soutien en capital-risque pour les « deep tech » et la cybersécurité
Dans ce segment, parmi les investissements en fonds propres du FEI qui ont reçu le feu vert figurent une participation dans un fonds paneuropéen ciblant le développement de technologies de rupture (ou « deep tech »), y compris la cybersécurité, sur les ressources de l’initiative Champions technologiques européens, ainsi qu’une participation dans un fonds appuyant les entreprises de technologie en phase de démarrage sur les marchés européens émergents du capital-risque.

Exemple
La Métropole Européenne de Lille (« MEL ») a contracté auprès de la Banque européenne d’investissement un prêt vert de 245 millions d’euros pour ses transports en commun et ses voies cyclables. Il vise à offrir aux 1 200 000 métropolitains des services de mobilité plus performants, abordables et respectueux de l’environnement.
Ce projet est conjointement financé par la Commission européenne via une subvention d’un montant de 31,5 millions d’euros. Ce financement mixte est rendu possible par le recours à l’instrument de facilité de prêt au secteur public (FPSP), qui constitue un des piliers du mécanisme de transition juste (JTM) mis en place avec le Pacte vert européen. L’Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA) gérera cette subvention et assurera le suivi de la mise en œuvre du projet.
Le projet « Mel in Green Mobility » apportera des financements permettant le développement des infrastructures publiques de transport de la Métropole dans de nombreux domaines. Il prévoit en premier lieu des investissements dans la modernisation de la flotte de transports publics : renouvellement de 30 rames de tramway et de 42 bus avec de nouveaux véhicules propres. Il comprend également des investissements dans les plates-formes, dépôts et d’autres équipements connexes. Enfin, le projet accompagne l’ambitieux plan cyclable de la Métropole qui prévoit 220 km d’infrastructures supplémentaires sur la période 2023-2027 afin d’améliorer la sécurité des cyclistes, ainsi que le financement d’une nouvelle ligne de bus à haut niveau de service et la construction d’un pôle d’échange multimodal.
Ce projet vise ainsi à accélérer les changements de comportement des usagers en développant une offre de mobilité plus qualitative et durable, en améliorant l’accessibilité aux transports publics et en étoffant les possibilités de mobilité douce. Une fois achevé, il améliorera les performances du réseau de tramway et de bus, favorisera l’intermodalité (réduction de la part des véhicules individuels, qui passera de 56 % en 2023 à 40 % en 2035) et renforcera la diversité des moyens de transports publics métropolitains. Cette efficacité accrue du réseau pour les 410 000 voyages quotidiens se traduira in fine par des gains de temps substantiels pour les usagers, une réduction de la congestion routière et un meilleur accès à la Métropole Européenne de Lille.
Les régions les plus touchées par la transition énergétique comme les Hauts-de-France sont identifiées dans les plans territoriaux de transition juste (PTTJ). Ces plans sont élaborés par chaque État membre et présentent les défis à relever dans chaque territoire en transition juste, ainsi que les besoins et les objectifs de développement à atteindre d’ici à 2030.




