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SAF : la position de TotalEnergies


Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, va  t il ralentir ses investissements en faveur des carburants d’aviation durables (SAF) ?

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, estime que l’Union européenne pourrait assouplir ou abandonner à terme son obligation d’incorporation de carburants d’aviation durables (SAF), à l’image de son récent revirement sur les moteurs thermiques. Il souligne l’opposition des compagnies aériennes aux objectifs fixés, malgré leur faisabilité.

TotalEnergies produit du SAF mais a ralenti ses investissements, faute de demande au-delà des seuils réglementaires, en raison de coûts nettement plus élevés que le carburant fossile. Patrick Pouyanné met en garde contre l’incertitude réglementaire, qui pourrait freiner les investissements dans les carburants bas carbone.

Explication.

Depuis l’an dernier, l’UE impose que 2 % du carburant d’aviation distribué dans ses aéroports soit du SAF. Ce seuil doit être relevé à 6 % en 2030, puis à 20 % en 2035.

« Toutes les compagnies aériennes s’opposent à l’objectif de 6 % de SAF, alors même qu’il est, franchement, facile à atteindre. Je parie aujourd’hui que ce qui s’est produit avec la réglementation automobile se reproduira pour le SAF en Europe », a déclaré Patrick Pouyanné lors d’une table ronde du Forum économique mondial consacrée aux carburants propres.

Le groupe produit déjà du SAF dans plusieurs de ses raffineries et prévoit d’en développer la production. Toutefois, il a retardé certains investissements visant à accroître les capacités, constatant que ses clients se limitaient aux volumes strictement exigés par la réglementation européenne. En cause : un coût trois à quatre fois supérieur à celui du kérosène issu du pétrole.

Les compagnies aériennes expliquent cette faible adoption par un manque d’offre, une justification que le dirigeant de TotalEnergies réfute. « Je fais face à des compagnies aériennes européennes qui exercent un lobbying intense en nous reprochant de ne pas assez investir, ce qui est totalement faux », a-t-il affirmé. « Je pourrais fournir 10 % de SAF aux compagnies européennes d’ici 2030, mais tout le monde espère obtenir ces biocarburants au prix du carburant fossile, ce qui n’est pas réaliste.


Patrick Pouyanné a également indiqué envisager une réduction des investissements dans les carburants bas carbone, invoquant l’incertitude réglementaire. « J’ai peur que, dans un marché entièrement réglementé, un changement d’objectifs me laisse avec des investissements dans des bioraffineries devenus inutiles », a-t-il conclu.