Il ne s’agit pas d’une conclusion définitive, mais la question des transports collectifs urbains reste avant tout politique. En témoignent certaines promesses de campagne à l’occasion des prochaines municipales ( Lyon, …).
Leur efficacité doit naturellement être souhaitée pour des raisons sociales et environnementales, notamment pour réduire la place de la voiture en ville et en périphérie. Cependant, ces services sont largement financés par l’impôt, et le bon usage des deniers publics est lui aussi devenu un sujet hautement politique. C’est dans ce contexte que se situe l’application d’une mesure de gratuité adoptée en décembre 2023 par Montpellier-Méditerranée Métropole. Elle avait été précédée de mesures partielles de gratuité : le 5 septembre 2020 (le week‑end pour tous les habitants de la métropole); le 1er septembre 2021 (tous les jours pour les résidents de moins de 18 ans et de plus de 65 ans).
La Métropole a pris une décision qui a suscité des débats intenses, en particulier sur ses conséquences financières et sur la capacité d’investissement. Selon la Cour des comptes, cette gratuité a provoqué un effondrement des recettes, passant de 37 % du coût total du réseau en 2019 à seulement 6 % en 2024, soit une baisse de 40 millions à 8 millions d’euros, alors que les charges ont continué d’augmenter. Pour les magistrats, cette diminution des recettes limite la capacité d’investissement de la Métropole, notamment dans un réseau susceptible de se saturer face à l’afflux de passagers attirés par la gratuité.
Le rapport de la Cour souligne également que l’impact sur le report modal reste limité : parmi les 35 % de passagers supplémentaires entre 2019 et 2024, un tiers seulement provenait de la voiture, les autres se déplaçant à pied ou à vélo, ou restant chez eux. Cette conclusion repose sur un sondage réalisé en mai 2024 auprès de 11 000 habitants, quelques mois seulement après la mise en œuvre de la gratuité.
Pour sa part, Montpellier-Méditerranée Métropole a créé un Observatoire des mobilités afin de mesurer l’évolution des comportements. Entre 2019 et 2024, alors que la gratuité se déployait progressivement, la part de la voiture est passée de 58 % à 49 % à Montpellier et de 70 % à 51 % sur l’ensemble de la métropole. L’usage des transports en commun urbains a augmenté de 17 % à 19 % dans la ville et de 10 % à 15 % dans l’agglomération, tandis que la part du vélo est passée de 5 % à 8 % à Montpellier et de 4 % à 6 % dans la métropole. « Il est difficile d’isoler précisément les causes de la baisse de l’usage de la voiture, mais la gratuité des transports y a certainement contribué », observe Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier et président de la Métropole.
Pour ses analyses, la Métropole a fait appel à l’entreprise Mobility Metrix, qui agrège un grand nombre de données en quasi-temps réel. Les premiers résultats montrent que « le nombre des déplacements les plus courts, jusqu’à 3 km, a eu tendance à diminuer entre 2023 et 2025. Contrairement aux conclusions de la Cour, la progression des transports en commun ne s’est pas faite au détriment de la marche ou du vélo ».
Malgré les débats sur le financement et l’efficacité, le réseau continue de se développer : de nouvelles lignes de bus en site propre ont été créées, la ligne 1 du tramway prolongée et une cinquième ligne doit être inaugurée le 20 décembre. Toutefois, le tramway relancé en 2000 vieillit et le renouvellement des rames devra être envisagé.
Elena Novikova

Quelques références :
Plan de mobilités 2032 ;
La métropole de Montpellier revendique le succès de la gratuité dans les transports en commun




