
En 2025, la Chine a franchi un cap décisif dans l’électrification du transport routier lourd avec plus de 230 000 poids lourds zéro émission immatriculés, soit près de 30 % du marché du neuf. En décembre, la part de marché a même dépassé 50 %, portée en partie par des achats d’anticipation avant la baisse des subventions. Mais la tendance est structurelle : dès le premier semestre, les camions électriques représentaient déjà 22 % des ventes, ouvrant la voie à un basculement majoritaire dès 2028.
Le marché est déjà concentré : XCMG, SANY, FAW, Shacman et Yutong représentent environ 61 % des ventes – comparativement à celui de l’automobile, tout étant si différent en Chine. Vous les connaissez ? BYD, pionnier de l’électrification, déjà très avancé sur les bus et camions ; FAW, leader historique du poids lourd en Chine, etc.
Quand on se rend en Chine, c’est ce qui frappe au premier regard : au-delà de la puissance de production, des produits qu’on n’a pas encore en Europe, où à l’état échantillonnaire, ou sur banc d’essai (pour ceux que les constructeurs veulent bien informer des projets en cours, ouvrir les réflexions de leur R&D…). Alors soit elle fait fausse route, soit on est en train de s’empêtrer dans des controverses sans fin.
L’exemple de Yutong
Si Yutong n’est pas le leader du camion, il occupe une position singulière : leader mondial du bus et du car électrique, il est également présent sur le camion électrique, illustrant la convergence rapide des segments transport de personnes et de marchandises en Chine.
Cette montée en puissance repose sur un écosystème industriel très intégré, structuré autour de CATL, qui dépasse le simple rôle de fournisseur de batteries. Le déploiement à grande échelle du battery swapping, déjà présent sur près d’un tiers des ventes, et la standardisation des batteries imposent une logique systémique (véhicules, batteries, infrastructures) encore largement absente en Europe.
Le tournant s’opère maintenant
Sur le segment du camion électrique, la Chine est en train de prendre le leadership, alors même que l’Europe abrite historiquement les meilleurs constructeurs du secteur. Solidement implantés, ces acteurs peinent encore à afficher des stratégies lisibles et cohérentes — à l’exception de quelques pionniers.
À l’horizon 2035, lorsque le marché européen du camion électrique lourd entrera réellement en phase d’accélération, la concurrence chinoise, déjà technologiquement mature et extrêmement compétitive, sera quant à elle pleinement installée.