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Le Salon Hyvolution ouvre ses portes

Alors que s’ouvre le Salon Hyvolution, la Région Occitanie apparaît toujours très en pointe lorsqu’on parle d’hydrogène vert, en particulier dans le domaine de la mobilité. A présent, cette région, qui voit les déboires de l’entreprise Safra (in fine, mise en redressement judiciaire du constructeur de bus à hydrogène – 4 février 2025), compte deux sites.

Mais faisons un point rapide sur le salon qui s’ouvre aujourd’hui.

Programme et exposants (voir note)

D’abord, invité, le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, invité, ne semble pas avoir confirmé sa présence. D’autre part, en dehors de ce manque d’intérêt manifeste pour la filière, la stratégie hydrogène révisée, en passe d’être publiée depuis près d’un an et demi, ne l’est toujours pas. Mauvais timing, explique t on du côté du gouvernement. C’est possible. 

Une nouvelle année blanche ? Peut être pas. Il n’empêche que les mécanismes de soutien à la production hydrogène bas carbone, lancés fin 2024, n’ont toujours pas de budget associé. Le contexte politique et budgétaire étant ce qu’il est. Ainsi, la situation devient critique pour les fabricants d’électrolyseurs qui, comme McPhy, se sont (re)centrés sur ce marché, dans le cadre du rachat d’activité opéré par le savoyard Atawey.

La fourniture de stations représentait 32 % des 16,1 millions d’euros du chiffre d’affaires de McPhy en 2022. Le groupe grenoblois va désormais se concentre sur la fabrication d’électrolyseurs, avec notamment la construction d’une usine à Belfort, qui doit entrer en fonction en 2024 et créer à terme 400 emplois.

Quant à Hyvia, pour la coentreprise entre Renault et Plug, pour laquelle Atawey a construit une station compact pour ses utilitaires, elle est au bord de la cessation de paiement.

La filière, à qui l’Etat a promis un soutien significatif avec un plan de soutien de 4 milliards d’euros il y a plus d’un an, dont 680 millions pour l’an passé, semble pâtir des restrictions budgétaires et de l’incertitude qui plane désormais sur les fonds issus de France 2030. La différentiel de coût joue largement en sa défaveur, alors que l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelable devait être une priorité ; il devait être « vert ».

Pourtant, il ne faudrait pas désespérer, si l’on en croit le baromètre annuel que France Hydrogène publié ce mardi, à l’occasion du Salon Hyvolution de Paris. Certes, les capacités d’électrolyse installées en France n’ont quasiment pas progressé l’an dernier, passant de 30 MW en 2023 à 35 MW fin 2024 ; et les projets en construction, qui représentent désormais un total de 315 MW (contre 950 MW en Allemagne), sont surtout dominés par le projet Normand’Hy d’Air Liquide, qui apportera 200 MW à lui seul lors de sa mise en service prévue l’an prochain.

C’est du côté la mobilité que se tournent les regards. Porté par les collectivités, régions ou agglomérations, qui souhaitent décarboner leur flotte de bus (et parfois concomitamment leurs bennes à ordure), et pour qui un passage à des véhicules électriques à batterie n’es pas la solution d’exploitation idéale (on se souvent du débat suscité par exemple à Pau), en raison des temps de recharge et de l’autonomie. Même si de ce côté, les véhicules à batteries progressent, et la gamme de véhicules est elle-même bien plus grande, mais ces collectivités demeurent volontaires, à l’instar de la Région Occitanie, sur laquelle nous faisons pour l’occasion un petit focus.

La France compte aujourd’hui 80 stations hydrogène (et 91 autres sont en projet), soit onze de plus que fin 2023. Et au total, 2.025 véhicules à hydrogène sont en circulation en France (contre 1.320 en 2023), dont 1.608 voitures (essentiellement des taxis parisiens) et véhicules utilitaires. L’effet JO est indéniable, puisqu’ils ont été l’occasion d’accroître la flotte de véhicules en circulation, les voitures utilisées pour transporter les athlètes ayant été recyclés en taxis.France Hydrogène en est persuadé : le nombre de véhicules à hydrogène pourrait atteindre les 70.000 à l’horizon 2030.

Quant aux installations, elles progressent. La France compte aujourd’hui 124 de ces solutions d’appoint en opération (contre 85 en 2023). 

L’édition 2025 de Hyvolution Paris

Cette année, le salon s’inscrit encore dans une volonté de soutien à la filière, et elle en a besoin. Avec près de 550 exposants et marques représentant l’ensemble de la chaîne de valeur, il se distingue par sa capacité à réunir non seulement les acteurs techniques et industriels, mais aussi les financiers, les intégrateurs et les utilisateurs finaux. Plus quelques curieux, évidemment.

En outre, la part internationale des entreprises présentesest en croissance, et atteint désormais un tiers des exposants. Le développement international d’Hyvolution reflète d’ailleurs la mondialisation des enjeux de l’hydrogène. Après le succès d’Hyvolution Chili et le lancement d’Hyvolution Canada, l’édition française entend s’imposer comme « hub mondial de référence ». L’ambition est claire : faire d’Hyvolution une plateforme internationale qui dépasse largement le cadre français pour devenir le rendez-vous mondial incontournable du secteur.

Mobilité : en dépit de débuts difficiles, les infrastructures de distribution se multiplient

Le déploiement des stations de distribution d’hydrogène connaît un fort dynamisme avec plusieurs nouvelles stations ouvertes, principalement en Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, portant le total à 80 stations en service, dont 64 pour la mobilité routière. Ces infrastructures, dont 17 stations produisent de l’hydrogène sur site, témoignent d’un réseau en pleine expansion, qui sera complété par 91 stations identifiées en projet. 

Pour soutenir le développement de ce réseau, il est crucial de garantir la présence concomitante de véhicules hydrogène. À ce jour, plus de 2000 véhicules empruntent les routes françaises dont plus de 1600 véhicules légers. 529 nouveaux véhicules particuliers et 124 véhicules utilitaires légers s’ajoutent ainsi aux 955 véhicules légers déjà en circulation en 2023. A l’occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024, 500 taxis à hydrogène ont été déployés pour renforcer la flotte des 500 taxis déjà en circulation. Aujourd’hui, 1000 taxis hydrogène sillonnent les rues de la capitale, représentant 5% du parc roulant de taxis parisiens. 

Du côté de la mobilité lourde, en 2024, 58 autobus, 7 bennes à ordures ménagères et 5 poids lourds roulaient en France, auxquels s’ajoutent 13 autocars, déployés pour la première fois sur le territoire national.L’homologation de plusieurs véhicules matérialise le passage à une production en série sur ce segment.

En outre, dans le secteur du fluvial et du maritime, on compte maintenant 3 bateaux aux typologies très différentes en service avec notamment, en fait marquant 2024, les baptêmes du navire de pêche Alba en Corse et de l’automoteur fluvial Zulu 06 H2 de Sogestran pour le transport de marchandises sur la Seine.

La filière toujours offensive

C’est donc un programme exceptionnel qui attend les participants au travers du Hyvolution Summit, en ouverture du salon, de 4 Conférences dédiées aux thématiques clés du moment, et des plus de 120 workshops offrant des retours d’expériences et des présentations de projets innovants. Dans un contexte de consolidation où les petits projets laissent place à des initiatives plus importantes, où la filière retient parfois son souffle, Hyvolution Paris 2025 ambitionne un rôle fédérateur où la filière se mobilise pour assurer son développement. 

 

Focus occitan

Hyport, une première en Europe

Cela fait plusieurs années que le projet, initié par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée avec l’appui de son agence Madeeli, a été retenu parmi les lauréats de l’Appel à Projet National « Territoires Hydrogène » :  2016. Objectif, mener à bien ce projet que la société du même nom, qui sera portée par ENGIE Cofely et la Région par le biais de la Cogemip et MPEI, puisse développer l’emploi de l’hydrogène vert (produit par des EnR) en Occitanie. Premier projet emblématique de cette volonté constamment réaffirmée au niveau régional, le lancement sur les deux zones aéroportuaires majeures de Toulouse-Blagnac et Tarbes-Pyrénées de quoi alimenter des transports routiers. En l’occurence pour les tracteurs aéroportuaires et des navettes de bus, 5 en tout, opérés par Transdev dont trois navettes qui transportent les passagers vers les avions et les parkings. La station de production de l’hydrogène se situent entre les deux points de distribution. Elle fournit 400 kg d’hydrogène vert par jour. Pour un véhicule léger, 1 kg d’hydrogène permet de parcourir 100 km. Engie s’est donné pour ambition de développer en France une centaine de stations d’avitaillement d’ici à 2030. Il faut 15 minutes pour faire le plein.

L’hydrogène « vert » est un gaz obtenu par électrolyse de l’eau grâce à de l’électricité d’origine renouvelable produite par des éoliennes, des panneaux solaires ou encore par des barrages hydroélectriques. L’électrolyse décompose les molécules d’eau en dioxygène et en dihydrogène, qui peut alors être comprimé et stocké. Hyport utilise l’électricité produite par la ferme agrivoltaïque de Fanjeaux, dans l’Aude (11), et 50 % de garanties d’origine des barrages hydroélectriques pyrénéens.

Rencontre 2024 avec Jean-Luc Gibelin, vice président des transports, Région Occitanie (également en charge des applications hydrogène pour les transports)

Lhyfe Occitanie

L’autre projet emblématique sur lequel on revient. A une trentaine de km au nord-est de Toulouse, sur la commune de Bessières (Haute-Garonne), un terrain de 8000 mètres carrés et un ensemble de centenaires qui cachent un processus industriel. Sur ce site, on produit 2 tonnes d’hydrogène vert par jour. Ce site est détenu à 80 % par la société Lhyfe et à 20 % par l’Agence Régionale Energie Climat (Arec) Occitanie. Sa mise en service a été réalisée au premier semestre 2024. Les centenaires sont répartis sur le territoire, et vont alimenter eux l’ensemble des utilités, que ce soit des véhicules, des charriots élévateurs… Un des projets essentiel du programme Corridor H2 d’Occitanie. Une autre unité de production d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau a vu le jour contribuant à faire de Port-La Nouvelle le port de la transition énergétique en Occitanie.

 

 Hyvia mal en point. L’hydrogène en question?

Reste à développer les usages, sachant qu’un véhicule à hydrogène coûte entre 30 à 50 % plus cher qu’un diesel classique. La Région Occitanie vient de voter récemment une aide globale de 6,6 millions d’euros pour soutenir des projets d’acquisition de véhicules à hydrogène par sept transporteurs régionaux, représentant un volume total de 25 camions. La Région a financé l’achat de 3 rames bimodes électrique/hydrogène « Régiolis » à hauteur de 52 M€, pour une livraison prévue à partir de décembre 2025. Malgré des débuts difficiles, les trains à hydrogène continuent d’alimenter les réflexions des collectivités en quête de solutions disruptives.

Impossible de terminer ce focus occitan sans évoquer le constructeur Safra.

Par une décision du Tribunal de Commerce d’Albi en date du 4 février (article mis à jour), la société SAFRA S.A., qui s’est lancée dans la mobilité hydrogène, a été placée en redressement judiciaire.

La holding Groupe SAFRA (*) était déjà placée en redressement judiciaire depuis le 5 novembre 2024 ; SAFRA S.A., quant à elle, était engagée dans un processus de levée de fonds auprès de « partenaires asiatiques » (on en sait pas plus ). Levée de fonds qui devait porter sur plusieurs dizaines de millions d’euros.

 

L’entreprise communique a minima

Selon son communiqué, les délais de réalisation « des sources de financements engagées sont devenus incompatibles avec les besoins ».

Ce redressement judiciaire a pour objectif de permettre de poursuivre l’activité et de restructurer le passif sous l’égide du Tribunal de Commerce.

« Cette situation est évidemment difficile pour l’ensemble de nos parties prenantes, explique Vincent Lemaire, président du Directoire de SAFRA S.A., mais elle ne signifie en aucun cas la fin de notre entreprise.

Le redressement judiciaire est une étape qui doit nous permettre de nous restructurer et de repartir sur des bases plus solides. Nous sommes pleinement mobilisés pour assurer la continuité de nos activités au service d’une mobilité décarbonée.

Les discussions en cours avec des investisseurs sont porteuses d’espoir et nous permettent d’envisager un avenir plus serein. Je remercie nos collaborateurs pour leur engagement et l’ensemble de nos parties prenantes dont nos investisseurs, nos partenaires, nos clients et fournisseurs pour leur soutien dans ce moment crucial ».

(*) Propriétaire de trois entreprises, la holding Groupe Safra, à Albi (Tarn), avait elle, été placée en RJ et non sa filiale, Safra SA, premier constructeur français d’autobus à hydrogène.

Notes Liste exposants Hyvolution Paris 2025  et HYVOLUTION 2025 programme