
Rétrofit et recyclage. Voilà deux techniques promises à un certain succès dans les transports collectifs. Pour les bus et les autocars, le sujet du rétrofit est désormais bien connu. Un engouement qui s’est traduit récemment par l’ouverture du catalogue de l’UGAP – la première centrale d’achat public en France – à une nouvelle offre de prestation de rétrofit de motorisation à destination des utilitaires Renault Master et des autocars Iveco Crossway. Ce marché propose ainsi une solution alternative aux offres d’acquisition et de location de véhicules de la centrale d’achat.
Transition énergétique: des perspectives pour le rétrofit
Pour le train, c’est plutôt de recyclage dont on parle à l’occasion de la signature d’un contrat d’ampleur signé entre la SNCF et l’entreprise Saarstahl Rail à Hayange, en Moselle, ce vendredi 24 janvier. L’usine a été rachetée en 2021 par le groupe sidérurgique allemand basé en Sarre (il a fait partie avec Arbed de l’éphémère Arcelor, suite d’Usinor, avant rachat de la partie française par Mittal Steel). Elle produit un rail « vert » qui permet d’économiser 70% de CO2 à la production.
Des rails recyclés de grande qualité
Les blocs d’acier sont envoyés sur le site de son usine en Moselle, pour être travaillés dans un laminoir et transformés en rails. A partir d’un matériau recyclé, ils sont néanmoins de très bonne qualité, « Ils peuvent être installés sur des lignes classiques ou sur des lignes à grande vitesse« , a expliqué Philippe Gaillard, chef de projet chez SNCF Réseau, aux journalistes de France 2. C’est là que réside tout le savoir faire de Saarstahl Rail.
« Ces rails sont bénéfiques pour la planète et nous sommes les seuls à le faire pour l’instant« , indique Anne-Laure Bagard-Vonner, responsable des performances industrielles sur le site d’Hayange.
Un contrat d’1,300 milliard d’euros
Sur son site, la SNCF évoque les chiffres de « 93,4% d’anciens rails recyclés et 6,6% de rails réemployés« . L’usine d’Hayange produira chaque année 170 000 tonnes de rails décarbonés pour l’opérateur historique. Un contrat qui donne une visibilité et une bouffée d’oxygène sur quatre à six ans pour les 800 employés des deux sites et qui remplit en partie le carnet de commandes, dans une région fortement frappée, naguère, par la désindustrialisation qui a changé son quotidien, rompue un passé encore douloureux dans les mémoires. Le taux de chômage s’établit à 7,4 en Moselle contre 7,2 au niveau du Grand Est (les Hauts de France sont à 9%). Matthieu Chabanel, directeur de SNCF Réseau explique : « La SNCF fournit des rails usagés. Ils sont expédiés chez Saarstahl-Ascoval à Saint-Saulve, près de Valenciennes (Hauts-de-France). Ils sont fondus dans des fours électriques. C’est ensuite qu’ils arrivent ici ».
Deux ministres font le déplacement
Le jour de la signature du contrat a été l’occasion du déplacement de deux ministres. Agnès Pannier-Runacher et Philippe Tabarot, Ministre auprès du ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, chargé des Transports. La Ministre de la Transition écologique a salué l’accord : « C’est la transition écologique qui a sauvé ces deux sites. Ascoval à Valenciennes et Saarstahl Rail à Hayange. On fait la démonstration qu’en France, on peut conjuguer industrie et écologie ». Selon la ministre, on ne prend « pas suffisamment la mesure aujourd’hui, nous sommes dépendants en France du pétrole, des matières premières, notamment métalliques. Là, on fait ça avec une énergie produite en France, en recyclant, en réutilisant de l’acier qu’on n’aura pas besoin d’apporter de l’extérieur. Et c’est essentiel », insiste la ministre.
ArcelorMittal se montre plus prudent
Elle salue les salariés qui se sont battus pour sauver leur site et la SNCF qui a « pris ce risque d’investir dans un processus qui était nouveau, de faire confiance à une entreprise qui sortait d’une situation financière délicate », même si c’est « parfois plus cher à court terme ». Aujourd’hui, « c’est un élément essentiel de leur trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre », défend Agnès Pannier-Runacher.
Mais ArcelorMital, l’autre acteur majeur de la sidérurgie en France, semble beaucoup plus prudent sur l’avenir. Le projet de décarbonation du groupe à Dunkerque est suspendu. Son président a affirmé cette semaine qu’il ne peut pas garantir qu’il n’y aura pas de fermeture de sites cette année en France, rappelle « ici Lorraine ».
La réindustrialisation en France, « nous savons que c’est un combat difficile parce que la concurrence internationale est terrible et parce que nous sommes privés de budget, il y a une incertitude autour des règles du jeu des entreprises en France », regrette Agnès Pannier-Runacher.
Pour aller plus loin
Fondée au début du XXe siècle, Saarstahl Rail a établi sa réputation en tant que producteur de rails de haute qualité.
Dans les années 1980, elle s’est diversifiée et a élargi sa présence internationale.
Cours des années 2000, Saarstahl Rail a mis l’accent sur l’innovation et le développement durable, intégrant des pratiques écologiques dans sa production. Aujourd’hui, avec plus d’un siècle d’expérience, Saarstahl Rail continue à mener l’industrie en offrant des solutions ferroviaires de pointe, tout en s’engageant pour un avenir durable. L’usine de Saarstahl Rail à Hayange est spécialisée dans la fabrication de rails de chemins de fer. Ses équipes disposent d’une connaissance approfondie de tous les secteurs ferroviaires, en particulier des lignes à grandes vitesses et des transports urbains, mais aussi dans le domaine des voies lourdement chargées, des transports mixtes et des rails pour appareils de voie.
Saarstahl Rail est un acteur majeur dans le secteur des rails de chemins de fer avec une production annuelle près de 400 000 tonnes. L’entreprise se positionne sur la production de différents types de rails (Vignole, Aiguilles, Rails à Gorge, Pistes de roulement) et propose à ses clients plus d’une centaine de profils de rails différents.




