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Gares routières : le prix de la qualité


Alors que les gares ferroviaires ont largement bénéficié de démarches de « design sensible au contexte », les gares routières restent souvent négligées, malgré quelques exemples internationaux de haute qualité. Or, la conception des espaces d’attente et les services proposés (wifi, commerces, billetterie électronique, salles d’attente confortables) jouent un rôle important dans la satisfaction des voyageurs.

Une étude italienne récente vise donc à estimer la disposition à payer (willingness to pay) des usagers pour une gare routière de haute qualité. Elle s’appuie sur une enquête menée auprès de plus de 700 étudiants (18–25 ans) voyageant en bus interurbain à Milan, Rome et Naples. Un expériment de choix discrets combinant préférences révélées et déclarées a été réalisé, en utilisant une expérience immersive en réalité virtuelle, afin de comparer une gare routière classique à une gare de haute qualité.

Les auteurs de cette étude soulignent que la réalité virtuelle améliore le réalisme des scénarios, réduit les biais des enquêtes déclaratives et permet d’obtenir des estimations plus robustes de la disposition à payer, en particulier pour des attributs qualitatifs et hédoniques comme l’esthétique ou l’ambiance des lieux.


Les résultats montrent que la qualité des gares routières influence fortement la disposition à payer des étudiants. Les attributs hédoniques – esthétique et services modernes – jouent un rôle clé dans l’expérience de voyage.

Ce n’est pas tant le statut social que le motif du déplacement qui pèse dans la balaance.


Les étudiants voyageant pour des motifs de loisirs ou de sport présentent une WTP (Willingness To Pay) plus élevée pour une gare de haute qualité (€2,76 pour le tourisme ; €3,61 pour les loisirs/sport), tandis que ceux se déplaçant pour le travail ou les études privilégient davantage l’efficacité, le temps et le coût (€1,80).


L’étude met également en évidence une valeur du temps (VOT) moyenne de €8,90 par heure, atteignant €11,48 par heure pour les déplacements liés au travail ou aux études, confirmant une plus forte sensibilité au temps pour ces motifs.


Enfin, un terminal bien conçu, intégrant des services modernes (Wi-Fi, restauration, information en temps réel, intermodalité), améliore la perception d’accessibilité, réduit les barrières perçues et rend les transports publics plus attractifs. La rénovation des gares routières peut ainsi élargir leur zone de chalandise et attirer de nouveaux usagers.


Il est évident que ces résultats ne constituent qu’une première étape et devront être approfondis et confirmés par d’autres recherches portant sur des études de cas différentes, des catégories d’usagers variées et des approches de modélisation alternatives. L’une des principales limites de cette étude réside dans le fait qu’elle se concentre sur une seule catégorie socio-économique : les étudiants effectuant des déplacements interurbains en bus. Les recherches futures devraient analyser les réponses d’autres groupes (travailleurs, personnes sans emploi, etc.) afin d’obtenir des résultats représentatifs de l’ensemble de la population métropolitaine.


Le fait que les étudiants – une population généralement contrainte financièrement – soient néanmoins prêts à payer pour une meilleure expérience en gare routière suggère que l’amélioration des terminaux de moindre qualité devrait devenir une priorité des politiques de mobilité durable.


Enfin, la rénovation d’un terminal ne constitue pas seulement une amélioration esthétique, mais une intervention stratégique qui renforce à la fois l’accessibilité réelle et perçue, en facilitant les correspondances avec d’autres modes de transport. Elle favorise ainsi l’inclusion sociale, en améliorant l’accès à l’emploi, à l’éducation et aux loisirs. À long terme, faire de la rénovation des terminaux un pilier des stratégies de transport urbain peut contribuer à une mobilité plus durable, à la réduction de la congestion et à une amélioration globale de la qualité de vie des citoyens.

Lien vers l’étude : https://lnkd.in/dUn6DTNJ


L’enquête a été réalisée dans trois gares routières italiennes :

• Lampugnano à Milan,
• Anagnina à Rome,
• Metropark à Naples.

Les participants ont évalué ces gares à l’aide d’une expérience immersive en réalité virtuelle (VR) simulant une version de haute qualité des terminaux, permettant de mesurer leur WTP pour des améliorations hédoniques et fonctionnelles. L’étude cite également des exemples internationaux de gares ou terminaux de haute qualité pour illustrer les meilleures pratiques :

• Hungerburg Station à Innsbruck (Autriche, Zaha Hadid),
• Liège-Guillemins Railway Station à Liège (Belgique, Santiago Calatrava),
• Oriente Station à Lisbonne (Portugal, Santiago Calatrava),
• Des terminaux de bus : Spaarne Hospital Bus Station (Pays-Bas), Slough Bus Station (Royaume-Uni), Busbahnhof Poppenbüttel (Allemagne), Central de Camionagem (Portugal), Transbay Transit Center (San Francisco, USA), Gujarat, Vadodara (Inde).

Elena Novikova